Un moment inoubliable en Corée

Ce texte, très personnel, n’a d’autre ambition que de témoigner d’une expérience vécue. Il rend tout simplement compte de ma perception des Coréens et de mes sentiments relatifs aux rencontres humaines que j’ai pu faire depuis plus de vingt ans.

Quelques réflexions sur les Coréens
Travaillant depuis 1986 au Centre culturel, je suis en permanence en contact avec toutes sortes de Coréens : des fonctionnaires, artistes, hommes d’affaires, étudiants… que je côtoie au quotidien ou que je suis amené à rencontrer dans le cadre de l’organisation de manifestations culturelles. Je fréquente aussi assidûment, depuis plus de vingt ans, les restaurants coréens à Paris et goûte à la cuisine coréenne – pour moi la meilleure du monde ! – en moyenne deux fois par semaine. Ma femme m’a fait remarquer dernièrement, avec humour, que j’ai passé, au cours des deux dernières décennies, trois fois plus de temps au contact des Coréens qu’avec ma famille. Et j’aime aussi à dire parfois avec amusement que “je suis devenu, au fil de toutes ces années, un peu coréen, mais de l’intérieur ; ça ne se voit donc pas trop”. J’ai partagé avec les Coréens nombre de moments de joie, de réussite, mais aussi parfois de déception et de chagrin. Avec certains collègues ou partenaires, j’ai eu parfois des mots, des engueulades, des situations de tension exacerbée, mais j’ai connu aussi et surtout, au plan humain, de grands moments de bonheur, de communion et d’affectueuse complicité.

J’étais complètement ébahi. Ce type avait fait 150 kilomètres, puis avait passé quatre heures dans sa voiture à m’attendre. J’avais traîné mes guêtres dans pas mal de pays du monde et vu pas mal de choses et de gens, mais n’avais, jusque-là, jamais vécu un truc pareil. C’était beau, émouvant. Un témoignage d’amitié d’un autre temps qui vous touche droit au cœur et vous laisse sans voix. Et le reste de la soirée à Séoul fut de la même veine. On se balada partout, on se marra beaucoup et on but aussi pas mal, avec un contact de cœur à cœur d’une rare qualité.

Au petit matin, M… me déposa devant ma chambre à l’Académie et ouvrit le coffre de sa voiture ; il était plein de cadeaux pour ma femme et mes enfants, à tel point qu’il me fallut ensuite près d’une heure pour arriver à fermer mes valises et boucler mes bagages.

Ce voyage en Corée et tout particulièrement le formidable accueil que je reçus de la part de M… en cette occasion constituent pour moi l’un des moments inoubliables de ma vie. Depuis, nous nous sommes d’ailleurs revus deux fois à Paris et restons toujours en contact aujourd’hui. Même si, emportés par le tourbillon de l’existence, on ne se téléphone pas souvent, nous savons tous deux au plus profond de nous-mêmes, que l’amitié qui nous lie – et dont je suis très fier – est solide.

Pour ma part, à la question “Quelle est la plus belle chose que tu as vue en Corée ? ”, j’aime à répondre, depuis, à mes amis français : “Les Coréens ! ”.

Georges Arsenijevic
Conseiller au Centre Culturel Coréen de Paris
Paris, septembre 2008

photos de Sojong Ahn

Pays : Corée du Sud

Georges Arsenijevic