Un lapin court sur la glace fine de Yûsuke Kishi paraît chez Belfond.

Le titre du nouveau roman de Yûsuke Kishi (1), Un lapin court sur la glace fine, est une belle métaphore de son contenu. Cher lecteur gardez bien en tête ce paramètre au cours de votre immersion dans l’ouvrage..

Bien que témoin volontaire en ce qui concerne la mort de son oncle, Hideyuki Hidata se voit retenu sournoisement par la police. Après une enquête aussi bâclée que musclée, il est contraint d’avouer le crime et signe sa déposition. Ce qui en fait un coupable évident, malgré ses dénégations.

En effet, devant le procureur qui l’interroge, l’accusé se désavoue. Toutefois, le magistrat n’agit guère mieux que l’enquêteur qui a obtenu les aveux. Il est emprisonné et doit être jugé.

Avec l’aide de deux assistants, son avocat mène une contre-enquête serrée afin de disculper son client. Au tribunal, il s’ensuit une confrontation épique entre le procureur et lui. Tour à tour, ils ont le dessus. Mais, par d’habiles manœuvres, le défenseur est sur le point d’obtenir l’acquittement.

Toutefois, Hideyuki Hidata remet tout en question. Il se fiche de croupir en prison. En allant voir la police, sa démarche était de faire disculper son père pour un meurtre qu’il n’avait pas commis, preuves à l’appui. De ce fait, il connaît le coupable. Ira-t-il jusqu’au bout ?

Fidèle à sa démarche, Yûsuke Kishi nous plonge dans un univers particulier et dense. Toutefois, il introduit un petit changement narratif par rapport à ses précédents récits. Il nous donne accès à la voix intérieure de plusieurs personnages. Mais faut-il les croire ? Procédé qui semble en vogue en ce moment au Japon.

Par contre, comme à son habitude, l’auteur nous tient en haleine tout au long de son récit, soit par de fausses pistes, soit par de vrais détails subtilement dissimulés. Sans compter les rebondissements qui fourmillent presque à chaque page. Le lecteur est pris dans un tourbillon d’arguments à la construction des plus élaborées. La malignité narrative de l’auteur nous en offre un magnifique exemple au travers de l’interrogatoire policier ainsi qu’au cours du procès. Ce qui lui permet, aussi, d’aborder un sujet, ô combien, délicat au Japon. À savoir, la partialité et la complicité de la police avec la magistrature à l’encontre des accusés. Elles font tout ce qui est en leur pouvoir pour arracher des aveux, quitte à commettre des erreurs judiciaires. Le roman en est une subtile démonstration, mais néanmoins ambiguë au sujet du comportement humain.

À lire comme si on menait l’enquête tant l’auteur se joue du lecteur pour le plus grand bonheur de chacun.

Les éditions Belfond proposent dans le même temps une réédition de La transformation intérieure, un maître yogi nous enseigne l’art de la joie de Sadhguru. Il nous plonge dans les enseignements et la sagesse de ce grand maître yogi. À méditer aussi.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Lire notre chronique la leçon du mal : https://asiexpo.fr/la-lecon-du-mal-de-yusuke-kishi-parait-chez-belfond/

et La maison noire : https://asiexpo.fr/la-maison-noire-de-yusuke-kishi-parait-chez-belfond/

Un lapin court sur la glace fine de Yûsuke Kishi, roman traduit du japonais par Tomoko Oono, 432 pages, 22€, éd. Belfond.
En librairie le 1er octobre 2026.


 

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