The Spy Gone North de Yoon Jong-bin

Entre les 2 Corée, la guerre n’est pas finie. Seul un armistice a été signé, pas de traité de paix. Ce qui laisse le champ libre aux militaires du Sud de recruter l’un des leurs afin de l’envoyer comme business man en Corée du Nord. Bien évidemment, ce n’est qu’une couverture pour approcher Kim Jong-il afin que celui-ci lui donne carte blanche pour visiter des sites propices à son commerce. En réalité, il cherche à découvrir où en est l’avancement de son programme nucléaire ! Bien que ses relations avec les dignitaires nord-coréens soient un jeu de dupes, il finit par se lier d’amitié avec l’un d’eux. Tout l’enjeu est cet entremêlement, à l’instar du rapprochement des 2 Corée, entre les relations humaines , le jeu stratégique de chacun et leurs faux semblants en cascades.

Le film est en cela très fin et très habile. Le scénario est à la fois bien documenté et très efficace avec une mise en scène rythmée qui nous tient en haleine jusqu’à l’ultime scène. La référence du titre à John Le Carré et son espion qui venait du froid n’est pas usurpée car le film a, non seulement la densité des romans du maître de l’espionnage, mais aussi son point vue sur cette absurdité qu’est la guerre froide dont la division entre les 2 Corée n’est qu’un ultime avatar. Si on ne connaissait pas le dictateur nord coréen : Kim Jun-il, l’acteur qui l’incarne nous en transmet tout le machiavélisme teinté de ridicule. L’espion incarné par Hwang Jung-min joue admirablement aussi la métamorphose entre son quotidien d’espion réservé et discret et le business man avenant et extraverti. A force de manipuler les autres, il prend aussi conscience qu’il l’est tout autant et que son action implique des retombées géostratégiques dans son propre pays, la Corée du Sud. Toujours d’ actualité, à voir de toute urgence !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

The Spy Gone North, Corée du Sud, 2h20, scénario : Yoon Jong-bin, avec Hwang Jung-min, Lee Sung-min, Cho Jin-woong. Sortie en salles le 7 novembre 2018.