Après The Song about Green (1) Gao Yan récidive avec Sukima (interstice, brèche, faille). Dans ce tome 3, on retrouve la jeune étudiante taïwanaise Yang-Chan partie pour la fac d’arts d’Okinawa, dans le cadre d’un échange universitaire. Bien que décédée juste avant son départ, sa grand-mère tient encore une grande place dans sa vie. De même que J., le jeune activiste dont elle est résolument amoureuse mais à sens unique. Arrivera-t-elle à affronter ce deuil et sa désillusion pour aller au devant des autres ?
Au prix de moult hésitations, elle parvient à créer des liens avec deux autres étudiantes en art comme elles à l’occasion du festival de l’université. Son idée de ciné-café séduit et a même un grand succès ! Elle arrive alors à se sentir bien avec Kyoko et Nanami.
Sa mélancolie introspective reste cependant au centre du récit. Il va et vient toujours entre les époques. Mais les apports du passé la font aller de l’avant. Elle se lance par exemple dans la confection des prunes confites que faisait chaque année sa grand-mère. Elle s’enrichit aussi de ce que lui a appris J. sur les îles Ryokyu. Sans s’affranchir de son passé, elle en fait maintenant une richesse dont elle est fière.
La difficulté à communiquer est encore un thème important dans cet opus et Yang parvient à la dépasser par l’art. C’est ce qui lie les amies nouvelles et qui entretient cette amitié. Du manga River’s Edge de Kyoto Okazaki qui prône un carpe diem bienfaisant à la chanson Heroes de David Bowie en passant par le film Vanilla Sky. Les références artistiques construisent l’émancipation de Yang. Comme la musique est un langage universel, elle rassemble les générations à la fête du vendredi soir de la Fusée. Et Gao Yan de la rapprocher du chant des baleines cher à Yang et sa grand-mère.
Un nouvel opuscule documentaire en fin d’ouvrage éclaire l’histoire de « l’actuel archipel des Ryukyu (grand Ryukyu) et de l’actuel Taïwan (petit Ryuku) qu’on appelait les Ryukyu ».
Le dessin de Gao Yan est très réaliste. Réalisées au trait précis, ses vignettes s’enrichissent d’un grisé qui leur donne du relief. Peu d’action ici, beaucoup d’intérieur et d’intimité. Les gros plans sur les visages, les mains, des objets, sont très réussis.
On nous annonce un « 4ème tome tourné vers l’avenir ».
Dans le même temps, les éditions Casterman poursuivent la réédition de L’habitant de l’infini de Hiroaki Samura et en publie le tome 14. La course-poursuite sur la route de Mito touche à sa fin.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Sukima tome 3, scénario et dessin de Gao Yan, 15 X 21 cm, 240 pages, broché, 14 €, coll. Sakka, éd. Casterman. En librairie le 28 octobre 2026.
L’habitant de l’infini de Hiroaki Samura, tome 14, 416 pages, 13,95 €, éd. Casterman. En librairie le 28 octobre 2026.


