Slumdog Millionaire de Danny Boyle

Deux frères Jamal et Salim sur une terre poubelle se débrouillent comme ils peuvent pour grandir. Corruption familiale, le lien fraternel se froisse par une rencontre amoureuse : Latika.
Un fauteuil prisé où se retrouve Jamal qui cherche son amour perdu en répondant aux questions de qui veut gagner des millions…

Slumdog, contraction de “taudis” et de “chien” que l’on pourrait traduire par chien des quartiers pauvres devenu millionnaire, on est à l¹antipode ? Paradoxe explicité tout au long du film par ce doute planant face à l’honnêteté des réponses du jeune homme.
Tout débute par une question à choix multiples, le spectateur pris au piège dans les filets du réalisateur n’en échappe pas. Le jeu commence, Jamal est face aux millions et à son passé. Tout le film est dirigé selon le même procédé, une question lancée par le présentateur, une réponse explicitée par un retour sur son enfance. Le temps est une notion que Danny Boyle interroge dès le début, où l’on entend le bruit d’une pendule, il s’écoule… Allers-retours incessants entre présent et passé, la mécanique fonctionne à merveille. Les scènes s’enclenchent par paire et contrastent, par une ambiance pesante mais artificielle où le personnage est au centre du plateau télévisuel et se voit en futur millionnaire, et, une ambiance violente où la débrouille est l’échappatoire. Un face à face, entre un monde presque parfait, surfait et un monde corrompu, plutôt dégueulasse.

Jamal raconte son parcours pollué par un environnent dangereux en répondant à des points d’interrogation valant des millions de roupies. On suit ces enfants qui ne cessent de courir, une fuite perpétuelle au milieu des détritus. Dans cette vie où les places sont coûteuses, Jamal recherche son autre au féminin, rendez-vous amoureux disloqués par diverses rencontres. Les pertes successives de sa troisième mousquetaire, l’amèneront à une quête quotidienne. Le destin les sépare, on se noie dans une pièce dramatique où les personnages sont tiraillés pour accéder au bonheur. Rencontres malsaines, tragédie familiale, course amoureuse, indices parsemés pour que le héros change son destin.

Une scène. La seule qu’un enfant serait capable de vivre, “être cap” de plonger dans un bain d’excréments afin de voir son héros et d’obtenir de lui une signature gribouillée sur un bout de papier. Cet acte est une des scènes impromptue du film, Jamal est enfermé par son frère dans les toilettes, construites sous forme d’une cabane précaire, où un trou fait office de wc. Un moteur venu du ciel, un acteur indien (un supposé Amitabh Bachchan) débarque… Jamal saute dans la vase fécale pour rejoindre celui qu’il admire. Couvert de matière, il s’avance pour tendre son papier. Ce que l’on rejette arrive à sa fin, en affrontant ce qui nous repousse. Seul un enfant est prêt à tout pour assouvir son fantasme.

La fin est des plus kitsch, façon comédie musicale Bollywood, une chorégraphie sur les quais d¹une gare… on finit par un rire un peu niais…

(Bertille Courbis)

Date de sortie française : 14/01/2009

Acteurs : Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto, Anil Kapoor, Irfan Khan, Madhur Mittal

Pays : Angleterre