Silence de Masahiro Shinoda est en salle.

On connaît le Silence réalisé par Martin Scorsese en 2016. Mais en 1971, le cinéaste Masahito Shinoda, de la Nouvelle Vague japonaise, adaptait déjà le roman éponyme de Shusaku Endo. Inédit en France, il vient de sortir sur les écrans.

Au XVIIè siècle, l’arrivée des missionnaires Jésuites portugais au Japon crée un conflit culturel des plus rudes. C’est ce que retrace le livre, comme le film, à travers le père Rodrigues et le père Garrpe. Débarquant sur les côtes japonaises, ils découvrent les « kakure kirishitans », les chrétiens cachés. En effet, cette religion est interdite au Japon et ses fidèles sont rudement persécutés. Le but des deux pères est, bien sûr, d’apporter leur aide pour réimplanter le christianisme, mais aussi de savoir ce qu’il est advenu du père Ferreira dont personne n’a plus de nouvelle depuis cinq ans, date de sa capture par les autorités nipponnes.

Là où Scorsese s’était contenté de filmer de beaux paysages (taïwanais !), Masahito Shinoda enveloppe les siens d’un mystère qui met en relief les affres de la spiritualité confrontée à la violence des hommes. Il utilise aussi la bande son avec ce « silence » qui peut être celui de Dieu face aux souffrances des hommes, mais aussi celui des hommes face à la nature grandiose et omniprésente. En effet, les bruits naturels prédominent. Et lorsque la musique est présente, elle est souvent discordante. Mêlant des instrumentations occidentale et orientale, elle matérialise les heurts de la confrontation des deux cultures.

« Je voulais que le film soit totalement direct, presque à la manière d’un documentaire. En même temps, je voulais que la caméra soit impartiale, qu’elle soit comme un œil universel », dit le réalisateur. C’est réussi ! Il ne nous épargne rien du combat violent de deux idéologies, au prix de quelques longueurs, d’ailleurs vers la fin du film. Deux visions aussi de la religion et de la spiritualité dans le face à face final entre le père Rodrigues qui ne veut rien abdiquer de sa foi et le père Ferreira qui a transigé avec la réalité.

A découvrir, donc, dans la fraîcheur des salles obscures.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Silence,1971, Japon,129 mn, sortie en France le 19 juin.