Quand s’éveillent les montagnes de Emma Pei Yin paraît aux éditions Charleston.

Quand s’éveillent les montagnes de Emma Pei Yin nous plonge essentiellement dans le Hongkong de la première moitié des années quarante. Dans ce récit, il n’y a pas que les bombes qui éclatent, les familles aussi. En 1941, les Tang, membres d’une riche maisonnée chinoise se sont expatriés dans la colonie britannique à la suite de l’invasion nipponne de leur patrie.

Au tout début du récit, nous sommes confrontés aux nombreux rituels chinois de soumission de l’épouse principale Mingzhu et de sa fille Qiang. Tout comme ceux de la concubine Cai, mère de Jun, le seul garçon de la famille. Le mari Wei régente ce petit monde par des principes ancestraux intangibles voire coercitifs.

Mais la violence ne s’exerce pas qu’au sein de la cellule familiale. En effet, les colonisateurs britanniques, engoncés eux aussi dans leurs principes de supériorité, discriminent les locaux, hommes ou femmes.

Voilà pour le cadre du récit. Toutefois, l’autrice sait bien que toute société se divise en composantes sociales inégales. En l’occurrence, la caste des dominants opposée à celle des dominés. C’est là qu’apparaissent deux domestiques. Ah-Long, le jardinier de l’âge de Qiang. Tous deux s’entendent à merveille. D’autant plus que la jeune fille fait tout ce qu’elle peut pour aider le garçon. Un rapprochement entre eux semble inévitable malgré la différence de classe.

Mais, il y a surtout, Biyu, la domestique. Un peu plus âgée que Mingzhu, elle s’est occupée d’elle depuis sa tendre enfance. D’où l’existence d’un lien fort entre les deux femmes. Ce qui fait dire à la maîtresse de Biyu que celle-ci est la sœur de son âme. Ce dont Mingzhu prend conscience au cours de la catastrophe qui s’abat sur la famille.

Chacun des personnages féminins réussit tant bien que mal à rejoindre la résistance. Elle est organisée par les membres de la tribu des Hakka. Ethnie autochtone qui s’est réfugiée dans l’arrière-pays pour lutter contre les envahisseurs.

Chacune et chacun se débat avec les contraintes d’une guerre qui bouscule l’ordre établi. Mais surtout, elles dévoilent des comportements inattendus de la part des protagonistes qui, parfois, contredisent leur propre volonté. Tous s’en trouvent changés à jamais.

L’ouvrage est d’une lecture aisée afin de restituer les évènements. Il le fait avec empathie et sincérité. Le tout est servi par un naturalisme fort bien maîtrisé. Mais il ne fait qu’effleurer la tragédie en cours.

En effet, ce récit d’une guérilla légitime mise beaucoup sur les bons sentiments. Il reste à savoir si on peut gagner le combat, surtout face à l’impérialisme nippon de cette époque, avec un tel état d’esprit ? Notons aussi qu’à aucun moment l’autrice ne mentionne la résistance communiste qui s’est considérablement engagée dans la lutte armée pour libérer la colonie.

Un ouvrage édifiant sur les remises en cause induites par la guerre. Il lui manque, cependant, un vrai souffle épique pour ressentir les tensions sous-jacentes nées des conflits entre les états ou entre les protagonistes.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Quand s’éveillent les montagnes de Emma Pei Yin, 480 pages, 22,90 €. Ed. Charleston. En librairie le 20 août 2026.

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