Printemps bleu de Taiyô Matsumoto est réédité chez Delcourt / Tonkam.

Comme pour Frères du Japon (1), il y a tout juste un an, l’univers fantasque et plutôt trash du mangaka Taiyô Matsumoto se décline en sept nouvelles graphiques dans cette édition prestige de Printemps bleu, publié pour la 1ère fois par les éditions Tonkam en 1993.

Le titre rassemble des histoires indépendantes qui ont toutes pour cadre commun le lycée Kitano. Elles se concentrent aussi sur une jeunesse désœuvrée. Souvenirs d’adolescents, portraits de punks pour qui le coup de poing est une façon de s’exprimer, un réflexe bouillonnant. Ce Printemps bleu

c’est celui de la vie. « Les punks aux dents flinguées par le solvant sniffé » c’étaient les amis, les « potes » du mangaka dans sa vingtaine. S’il n’en était pas un, il les accompagnait, les observait et les photographiait.

Très vite, il en a écrit et dessiné cette poignée d’histoires, toutes marquées par un cynisme et une noirceur absolus que le titre de la première nouvelle dément d’ailleurs : Si tu vas bien, tape dans tes mains. Mais c’est un leurre ! Le jeu de la balustrade située au plus haut du bâtiment du lycée et auquel s’adonnent les fortes têtes est éminemment dangereux. La vulgarité des adultes n’a d’égale que le désespoir frontal des adolescents. « No future » pourrait être leur cri de ralliement tant leur nihilisme est patent.

Les 6 nouvelles suivantes sont du même acabit. Et les yakuzas s’en mêlent, dans le triptyque Revolver ou dans Suzuki, essayant de récupérer cette jeunesse désœuvrée, rebelle et sans horizon. Même les histoires d’amour sombrent dans la violence et le sang, comme dans N’importe nawak !. La faute revient à une société malade où les rêves d’enfants ne peuvent se réaliser, c’est l’ironique  Peace and love. La discussion tourne à vide car chacun est sur sa ligne, sans rencontrer les autres comme dans Paradis au resto. Encore un titre trompeur ! 

Œuvre de jeunesse, Printemps bleu ancre déjà des thèmes de prédilection de Taiyô Matsumoto : la marginalité à travers des portraits de personnages atypiques, l’enfance, la ville, la fureur ou la folie. Il est dessiné à l’encre de Chine au trait brut et frontal à l’image des situations. Son style est « brouillon » comme il le reconnaît lui-même, mais efficace. Il est la marque d’une œuvre en devenir.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Lire notre chronique : https://asiexpo.fr/freres-du-japon-de-taiyo-matsumoto-est-reedite-chez-delcourt-tonkam/

Printemps bleu de Taiyô Matsumoto, traduction de Jacques Lalloz, 156 X 216 mm, 224 pages, 19,99€, éd. Delcourt / Tonkam. En librairie le 29 janvier 2026.

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