Perhaps Love de Peter Ho-sun Chan

Transporté par des séries de flash-backs qui nous font voyager entre passé et présent, entre Pékin et Shanghai, entre réalité et comédie musicale, Perhaps Love de Peter Ho-sun Chan, nous emmène dans un tourbillon artistique.
Sun Na (Zhou Xun) et Lin Jian Dong (Takeshi Kaneshiro), amants dans les années 90 à Pékin, se retrouvent tous deux à Shanghai comme vedettes d’une comédie musicale dirigée par Ni Wen (Jacky Cheung), un grand cinéaste, également compagnon du moment de Sun Na. Ambitieuse pragmatique, Sun Na voit un inconnu en Lin Jian, pourtant abandonné dix ans auparavant, niant ainsi une partie de son passé sombre grâce sur laquelle elle a construit sa célébrité.

Dans la comédie musicale, elle joue le rôle d’une trapéziste, sauvée par un maître de cirque (Ni Wen), et qui en raison d’une amnésie, a totalement oublié son amour d’enfance (Lin Jian Dong). Dans la réalité, elle est progressivement conquise par la persistance de Lin et accepte de retourner avec lui à Pékin, leur première terre d’amour. Ni Wen qui soupçonne cette relation en-dehors de la scène, en souffre beaucoup. Il se décide finalement à laisser partir Sun Na, jouant un parallèle avec son rôle de la comédie musicale : le maître choisit de mourir pour donner la liberté à son héroïne.
C’est une romance triangulaire qui se déroule à la fois entre les acteurs d’une comédie musicale et à l’intérieur même de cette comédie musicale, un film dans le film bien compliqué et très riche, voire trop riche.

Une équipe artistique et technique de qualité et des célébrités nous donnent beaucoup à voir : des costumes très originaux de Dora Ng ; des musiques de Peter Kam et Leon Ko, mélangeant ingénieusement des vieilles chansons qui nous transportent dans une autre époque en Chine ; des danses audacieuses imaginées par un des meilleurs chorégraphes de films Bollywood Farah Khan ; des scènes à Shanghai filmées par Peter Pau (Tigre & Dragon) : un monde de magie, avec beaucoup de couleurs, des lumières extraordinaires, un véritable kaléidoscope. Il y a aussi ce Pékin des années 90, vu par Chris Doyle, le cameraman de 2046, dont la manière de filmer une ruelle couverte de neige laisse longtemps errer son image dans la tête du spectateur : c’est une plaine de mélancolie, un lieu symbolique de l’amour perdu.
Comme c’est la première comédie musicale en Chine depuis plus de 40 ans, c’est une aventure pour le réalisateur, mais aussi un défi pour les acteurs.
Malheureusement, l’actrice principale ne nous apporte que peu de surprises. Zhou Xun (Sun Na) en fille naïve dans les scènes flash-backs à Pékin attire la compassion, mais son interprétation d’une actrice célèbre et arrogante n’est pas si convaincante. Même si l’on est impressionné de la voir chanter, danser, et se balancer sur son trapèze, on sait bien que ce sont surtout les costumes et l’ambiance qui la mettent en valeur.

Pour faire ressortir les émotions de Lin Jian Dong, Takeshi erre souvent dans la piscine avec son pyjama, de la même façon qu’il tremperait dans ses souvenirs amers. Belles images touchantes, toutefois on peut ressentir une certaine forme de prétention et un manque de naturel.

Jacky Cheung (Ni Wen) à la fois excellent chanteur et acteur, écrase un peu les autres par sa performance, déséquilibrant un peu l’harmonie des échanges.

Grâce à une distribution d’acteurs asiatiques internationale, ce film est plutôt bien accueilli par les publics des pays d’origine de ces stars. En attendant les prochains essais de cinéma asiatique, certainement encouragés par le succès de films comme Perhaps Love, on ne peut s’empêcher de penser à des films à petit budget que Peter Ho-sun Chan a réalisés auparavant comme Comrades: Almost a Love Story, malheureusement inédit en France, et que l’on a peut-être préféré.

Qi Han

VOIR AUSSI interview de Peter Ho-sun Chan

Date de sortie internationale : //2005

Date de sortie française : 22/11/2006

Acteurs : Takeshi Kaneshiro, Zhou Xun, Jacky Cheung

Pays : Hong-Kong