Avec le mois de mai, le nouvel Aki Shimazaki paraît ! Mukudori est le 2ème opus d’un nouveau cycle romanesque, après Ajisaï. Le dernier en date était la tétralogie d’Une clochette sans battant (1).
Mukudori, ce sont les étourneaux et leur « mamareshon », déformation du mot anglais « murmuration » pour décrire leur vol en formation dans les airs, « comme un gigantesque nuage noir ». Ils ont aussi comme significations symboliques « la conscience collective, le changement, l’espoir, le bonheur, la paix ».
Et, c’est, finalement ce que vit, paradoxalement, la narratrice de ce récit. Matsuko est l’épouse d’Atsushi. Ce sont les parents de Shota dont Ajisaï racontait l’histoire. Après la faillite de son mari, à 61 ans, elle doit trouver du travail. Aussi se rend-elle au Hello – Work, l’agence de l’emploi locale. Cette femme d’extraction modeste, même lorsqu’elle s’est mariée au fils du patron du grand magasin où elle était employée, il y a 35 ans, a toujours travaillé, préservant ainsi son indépendance. Et, bien lui en a pris car, aujourd’hui, Atsushi ne possède plus rien ! Même le chalet au bord du lac Biwa, dans lequel ils se sont retirés depuis la faillite, est à elle. Elle retrouve vite un travail et un salaire similaires aux siens grâce à son expérience.
Elle fait d’ailleurs la connaissance d’un autre chômeur de son âge, grand amateur d’oiseaux avec qui elle ressent une grande paix tant elle semble le connaître depuis longtemps. Leurs prénoms sont accessoirement similaires puisqu’il s’appelle Matsuo. Comme 2 jumeaux donc : Matsuko et Matsuo.
Il devient un ami précieux du couple au moment où Atsushi apprend qu’il n’a plus que quelques mois à vivre. Sa passion ancienne pour les oiseaux peut s’épanouir à nouveau en compagnie de M. Mukudori comme l’appelle malicieusement Matsuko.
Le roman évoque alors avec insistance 2 récits de mort. Obasuteyama, issu du Yamato Monogatari les contes du Yamato et Nara – yama – bushi – ko : La ballade de Narayama. Atsushi y puise sa philosophie : l’ataraxie, le détachement de l’ego. Et la façon dont il veut quitter ce monde : avec dignité.
Japonaise vivant à Montréal, Aki Shimazaki écrit toujours en français des histoires toutes japonaises. Comme dans ses précédents cycles, on retrouve son style minimaliste avec une acuité à la nature, au quotidien et à l’intime. Mais cet opus décline aussi plusieurs situations d’émancipation des femmes, sujet sensible au Japon. Avec la volonté toujours renouvelée de Matsuko de son autonomie financière, mais aussi au sujet de différentes grossesses, de mariage ou de divorces évoqués. Et puis le grand sujet universel est l’attitude face à la mort.
Un roman comme l’amorce d’une réflexion sur la fin de vie, sans oublier les perspectives de celui/celle qui reste !
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) Lire nos chroniques sur asiexpo.fr
Mukudori, Aki Shimazaki, 176 p., 16,50 €, éd. Actes Sud. En librairie le 6 mai 2026.

