Lettres d’amour à la photographie de Daido Moriyama : un livre, une expo

Lettres d’amour à la photographie est un magnifique ouvrage sur plus de vingt thèmes développés par l’oeuvre de Daido Moriyama. Il est la continuation de son incontournable exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson de Paris jusqu’au 4 octobre 2026. Le livre aborde nombre de travaux publiés au Japon et partout dans le monde. Notamment avec son emblématique « chien de Misawa » ou « chien errant », capté le jour de l’an 1971.

Le présent ouvrage est une somme érudite et captivante de la démarche de l’auteur enfin accessible en français. Ses textes fourmillent de réflexionx sur la nature même du medium et sont assez iconoclastes. D’où leur intérêt. Sans continuité affirmée, la production d’instantanés, choro-suna de Daido Moriyama ne cesse d’étonner. Pour lui, c’est moins le sujet photographié que l’acte même qui importe. Plus encore, il proscrit « une photographie complaisante, … qui ne s’interroge jamais sur elle-même, autrement dit une photographie sans réalité. »

En effet dès son premier livre : Shashinyo sayonara, Adieu photographie, en 1972, il rejette l’idée acceptée par tous de ce qu’est une photographie. Faut-il voir là un anti-manuel ? Ou plus encore une provocation ? Loin s’en faut ! Car s’il tourne le dos à la photographie, c’est pour mieux revenir vers elle. Ou plutôt à ce qui la produit. Cela va du photographe lui-même (autoportraits pour le moins singuliers) en passant par l’appareil, l’ampoule rouge ou tout autre objet se rattachant à cet art. Il va même jusqu’à photographier des tournesols. Non pour rendre hommage à Van Gogh, mais parce que cette fleur est le symbole des photographes. Elle se tourne toujours vers la lumière. Voir son ouvrage intitulé : Sunflower. Il n’a donc de cesse de traquer les traces de cette obsession ce n’est pas la seule, lors de ses innombrables « street-snaps ». Sans oublier ses écrits.

Adorateur de Nicéphore Nièpce, il produit un recueil intitulé : San ru e no tegami, Lettre à St. Lou, en 1990, pour rendre hommage à la première photographie connue : Point de vue du Gras (1827) et à son auteur tant admiré. De sa fenêtre il photographie tout son environnement. Cela ne lui suffit pas. Vingt ans plus tard, il part jusqu’en Bourgogne, à Saint-Loup de Varennes pour s’imprégner du lieu. D’ailleurs sur place, il répète l’acte de son mentor de la même fenêtre presque cadré à l’identique, nous rapporte-t-il dans son essai.

Cela ne lui suffit toujours pas. En plus d’avoir une grande reproduction de l’oeuvre chez lui, il se rend à Austin, Texas pour voir l’originale. Elle est plus petite que celle à laquelle il s’attendait, mais surtout elle s’efface inexorablement. Ce qui ne l’empêche pas de la photographier. Cet ultime rencontre avec Nicéphore Nièpce scelle la fin d’un cycle qui paraît dans l’ouvrage : Vue du laboratoire, Jikkenshitsu kara no nagame, en 2013.

Paradoxalement, sans sujet véritablement défini, la photographie de Daido Moriyama offre une palette vertigineuse de réflexion sur ce moyen de reproduction. Ce dont il ne se prive pas et on en redemande.

Plus que tout, nous dit-il, il photographie avec l’estomac. En admirant cet ensemble, conséquent on comprend parfaitement ce qu’il entend par là. Courez à l’exposition sans oublier d’acheter le livre en partant. Vous ne le regretterez jamais.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

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