Il y a trente ans presque jour pour jour Marguerite Duras disparaissait laissant derrière elle une création prolixe et complexe. Ses Œuvres complètes sont parues dans la Pléiade sous quatre gros volumes entre 2011 et 2014. Et la célèbre collection a voulu lui rendre hommage dans un volume hors numération à tirage spécial qui met en lumière son « cycle indochinois ».
On y retrouve plus de quatre décennies d’écriture ayant pour toile de fonds la colonie indochinoise des années 20 à 50 et un album de photos de famille, « images absentes ».
Un barrage contre le Pacifique écrit en 1950 est l’un de ses premiers grands romans. Il raconte la lutte d’une mère contre l’océan qui rend sa concession incultivable et comment ses enfants évoluent dans la vie.
L’Éden Cinéma, en 1977, est la réécriture en pièce, de cette histoire.
Et puis c’est L’Amant, en 1984. Prix Goncourt cette année-là, il lui offre la notoriété que ses autres textes, ne lui avaient pas encore donné. Et même si elle a déjà raconté l’histoire plusieurs fois, le ton, le style et même la narration sont différents. Marguerite Duras dit ce qu’elle a longtemps tu : la fameuse « défloration de l’enfant blanche » par l’amant de la Chine du Nord, la transgression, le scandale et même le déshonneur.
Et puis en 1991, après que son scénario a été rejeté pour l’adaptation de L’Amant au cinéma, L’Amant de la Chine du Nord paraît. C’est un objet hybride entre le livre et le film qu’elle aurait voulu faire (1).
Tous ces textes sont, comme toujours dans la Pléiade, présentés et annotés avec une grande pertinence et érudition par l’universitaire Julien Piat qui signe aussi la préface, et la chercheuse Sylvie Loignon, qui éclaire brillamment le dernier opus. Elle y voit à la fois la récapitulation des motifs de toute l’œuvre de Marguerite Duras et son l’épilogue.
De même Julien Piat, dans sa préface, conçoit ce « cycle indochinois » comme l’atelier de l’autrice qui « configure et reconfigure sans cesse son histoire et ses thèmes de prédilection, construit, déconstruit et reconstruit ses personnages, bâtit un monde bientôt presque uniquement tissé d’échos internes, invente son style, chauffe et pose sa voix ». La vie devient ainsi la matière même d’un style qui s’affine et s’affirme dans la répétition, le ressassement. Brillant et tellement juste !
À l’occasion de cet anniversaire, la Nouvelle Revue Française propose aussi, dans son numéro de mars, un dossier DURAS, 30 ANS APRÈS avec une interview de Julien Gosselin, directeur de l’Odéon, qui monte Musée Duras. Dix heures de représentation pour donner à entendre l’écriture de l’autrice. Et puis un texte de Joffrine Donnadieu Mékong où elle retourne sur les traces de Marguerite Donnadieu dite Duras… Tout un programme !
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) Lire notre chronique : L’amant de la Chine du Nord de Marguerite Duras accompagné des dessins de Philippe Dupuy paraît en édition anniversaire chez Futuropolis – Gallimard.. – ASIEXPO La Maison des Cultures Asiatiques
L’amant et autres récits, Marguerite Duras, 976 pages, 64 €, coll. Bibliothèque de la Pléiade, éd. Gallimard. En librairie le 26 février 2026.

