Interview de Pascal Surleau, président de Leitmotiv musique & cinéma

Cinéphile et mélomane, Pascal Surleau a créé en 1993 Leitmotiv musique & cinéma, association qui édite une revue sur toutes les bandes sons accompagnant les films et séries télé.

Comment est né Leitmotiv et quelles sont les actions de l’association ?

Tout a commencé par une rencontre avec Christophe Olivo, un des co-fondateurs, par le biais d’une petite annonce dans le magazine Mad Movies. Il était comme moi seul dans son coin à écouter de la musique de film. Nous avons recherché d’autres solitaires pour parler ensemble de notre passion commune. Rapidement l’idée d’un magazine a germé.
Nous tenons régulièrement des réunions pour nous informer des manifestations, rencontres ou concerts. Dernièrement, des membres de Leitmotiv sont partis à Londres pour un concert de Jerry Goldsmith (Star Treck, Mulan, La Planète des Singes, …)

Quel est le portrait type de l’adhérent à Leitmotiv ?

Il est en général grand consommateur de disques ou collectionneur de documents sur le cinéma. Il fréquente assidûment les salles obscures et dispose d’un bon équipement : DVD, télé 16/9, … certains sont des cinéphiles très pointus, d’autres plus amateurs de musiques.

Quelle part de marché la musique de films représente-t-elle en France et dans le monde. Quels sont les pays les plus producteurs ?

La musique de film se situe dans le bas du classement avec le jazz et la musique classique, mais régulièrement de grosses ventes viennent doper les résultats. A titre d’exemple, de 1988 à 1994, il y a eu 33 disques d’or en France, ce qui fait une moyenne de 2 millions par an. Le Roi Lion s’est vendu à 8 millions en Europe, et Bilitis 10 millions et Titanic 33 millions dans le monde. Disons qu’un disque pour collectionneur se vend de 200 à 800 exemplaires, pour les cinéphiles cela peut monter à 3000. Il y aussi des valeurs sures comme Goran Brégovic, Eric Serra ou Ennio Morricone qui vendent entre 300 000 et 500 000 galettes.
Les trois pays les plus significatifs en terme de vente sont les Etats-Unis, la France et l’Italie (et sans doute l’Inde).

Et quels sont tes préférés ?

Mon compositeur favori est russe (Chostakovitch) mais j’apprécie certains américains comme Danny Elman, Goldsmith, les français comme Alexandre Desplat, J-C Petit, Duhamel. Néanmoins la musique de film me permet d’écouter des musiques issus des cinq continents, de l’Egypte (Le Destin) aux Balkans (Underground), du Brésil (Quilombo) à Tokyo (Sonatine). Aucun “genre” musical n’offre une telle palette de couleurs et de styles en passant de l’instrument traditionnel à l’orchestre symphonique.

Récemment, vous avez consacré un numéro de votre fanzine à l’Asie avec un souci évident de ne pas être exhaustif. C’est un remarquable ouvrage avec une mine d’infos sur le cinéma, et les bandes originales. Comment avez-vous choisi vos thèmes ?

Nous avons fait un tour de table pour nous remémorer les grands films qui traitent de l’Asie et lorsque les BOF étaient disponibles, nous les avons analysées. Notre but était de démontrer que l’Asie renferme de très grands compositeurs, qui restent méconnus en Occident. Le dossier est divisé en quatre chapitres traitant de l’Inde, de la Chine, du Japon et de Hong Kong. Les autres magazines qui écrivent sur la musique de films sont obsédés par Hollywood : nous voulions nous démarquer… je pense que nous y sommes arrivés. Le prochain opus de Leitmotiv parlera de la musique et du petit écran. Pour résumer nous regardons ce que font les autres… et nous évitons de les copier !

Quelle est ta fonction au sein du festival “Nocturnes Indiens / Etoiles & Toiles d’Asie” ?

Je travaille depuis quatre ans sur la programmation en amassant de la doc et sur la musique diffusée dans les salles. Il m’arrive de prendre un micro pour présenter un film, mais je suis plus à l’aise devant mon écran d’ordinateur.

Quelle est la BOF idéale ?

Pour moi le BOF idéale doit illustrer un film idéal. Peu importe quelle soit originale (écrite pour le film) ou réutilisée. Il ne faut pas qu’elle soit pléonastique… la musique doit apporter son lot de sentiments sans faire double emploi avec ce que l’on voit sur l’écran.

Si tu partais sur une île déserte, quels sont les 5 BOF que tu emporterais avec toi ?

Five Days 5 Nights (Chostakovitch), The Ghost & The Darkness (Goldsmith), Hana-Bi (Hisaishi), le compilation Ederlezi (Bregovic), Batman Returns (Elfman) et la compilation Monsieur Cinéma (Gérard Calvi). Avec ces six disques, j’ai un panel complet des sentiments humains exprimables en musique.

Et les 5 BOF asiatiques ?

La compilation Kurosawa (import Funhouse), Ran (Milan), Kundun (Nonesuch), Hana-Bi (BMG) et Fire (Colosseum).

Pays : France

Martine Furnion