Interview de Homi Adajania, le Hitchcock indien réalisateur de Being Cyrus

Comment êtes-vous devenu réalisateur ?

J’ai beaucoup voyagé lorsque j’étais plus jeune. Juste après avoir fini le lycée, je suis devenu un acteur en Inde. Je ne suis donc pas directement venu au cinéma, par la réalisation. J’aimais bien les poèmes, la littérature. Un jour j’ai lu un livre, un recueil de nouvelles. L’une de ces nouvelles m’a beaucoup plu. C’était l’histoire d’une minorité en Inde, mais la nouvelle allait bien au-delà.

Cette minorité dont vous parlez, les Parsis, pourquoi les avoir inclus dans votre film ?

En fait j’appartiens moi-même à cette minorité. C’était plus facile pour moi. Mais c’est une minorité comme une autre et ce n’est pas vraiment le sujet essentiel de mon film “Being Cyrus”. Les Parsis parlent anglais et sont finalement très proches de n’importe quelle personne dans le monde.

L’histoire est racontée par le personnage principal, Cyrus, pourquoi ce choix ?

Je crois que j’ai été influencé par Albert Camus. Un des livres que j’ai particulièrement apprécié c’est “L’étranger”. J’aime le concept du livre, le fait que l’on s’identifie aussi facilement au personnage principal. J’ai réutilisé ce concept pour “Being Cyrus”, comme l’indique d’ailleurs le titre. Mon film c’est un chapitre de la vie d’un homme. Cyrus raconte au spectateur un passage de sa vie. Ce personnage est unique, il pense de manière particulière, par rapport à ce qu’il a vécu. Je voulais aussi qu’il soit attachant malgré ce qu’il fait. Il renvoie certes une image négative, c’est un tueur, mais en même temps il paraît sympathique. Et on ne peut jamais vraiment deviner ce qu’il va faire, il est totalement imprévisible.

Justement la manière dont Cyrus s’exprime en voix-off prête souvent à sourire, ce détachement par rapport aux actes qu’il commet…

Oui le film comporte aussi beaucoup d’aspects comiques, mais il s’agit plutôt d’humour noir !

Il y a même une séquence effrayante, vous n’avez pas peur de mélanger les genres ?

Non, en fait Cyrus est un personnage vraiment à part et le seul moyen pour moi de montrer ce qu’il y avait à l’intérieur de sa tête, de son esprit, c’était de réaliser une séquence de ce type. On ne peut pas coller d’étiquette à Cyrus. Pour coller à cette personnalité unique, il fallait constamment des ruptures dans le film.

Pour terminer, quel est votre sentiment à propos du festival, pourquoi avoir décidé de présenter en première mondiale “Being Cyrus” à Lyon ?

Les producteurs du film tenaient absolument à ce que le film soit d’abord présenté dans un festival en Europe, avant le lancement du film en décembre à New-York. Le public a bien réagi au film hier soir. Les questions étaient nombreuses et réellement intéressantes, me prouvant que les spectateurs comprenaient ma démarche sur ce film. C’est là l’essentiel.

Propos recueillis par Jérémy Pontal dans le cadre du 11e Festival de Cinémas & Cultures d’Asie de Lyon, le mercredi 9 novembre 2005. Photos de Sylvain Garassus.
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Le film présenté en première mondiale à Lyon est sorti sur les écrans indiens le 24 mars 2006.

Pays : Inde

Jérémy Pontal