Interview de Gao Xiaosong

réalisateur de Rainbow (Prix NEW ASIAN CINEMA du public – 9e festival cinémas & culturs d’Asie – novembre 2003 – Lyon)

Tout d’abord, pouvez-vous nous parler de vos premières impressions concernant le festival et votre venue à Lyon ?
Au départ, nous voulions simplement promouvoir notre film, et le montrer dans un festival de cinéma d’auteur, nous ne voulions pas d’un festival de cinéma commercial, ni d’ailleurs politique, car nous détestons ces films politiques chinois. Nous avons pensé que Lyon avait ce genre de festival artistique et qu’il était intéressant d’y venir.

Et comment vous sentez-vous à Lyon ?
Lyon est vraiment, vraiment mieux que ce que j’imaginais. Je suis venu plusieurs fois en France, j’ai même vécu à Paris en 1998. On m’avait parlé de Lyon comme d’une ville d’industrie lourde. En Chine, industrie lourde signifie pollution, lourds nuages, tous les jours !
C’est donc la première fois que je viens à Lyon, et ça m’a beaucoup surpris : j’ai eu deux surprises. La première, c’est… ouah, quelle belle ville ! Il y a de l’air frais, la ville est propre, le fleuve est beau… mais une bien plus grande surprise encore : mon premier amour habite dans cette ville. Et je ne le savais pas ! Le jour de la projection, j’allais entrer dans la salle de cinéma ; elle était là et a dit : “c’est toi, Gao Xiaosong ?”. On est tombé amoureux il y a 15 ou 16 ans, quand j’avais 18 ans… A des milliers de kilomètres de chez moi ! Nous habitions juste à côté, elle était dans la même classe que ma petite sœur… alors j’aime Lyon !

Vous vous souviendrez de cette ville !
Oh oui ! Et j’envisage de revenir pour deux ou trois mois, pour écrire un nouveau scénario… J’aime cette ville.

Et qu’avez-vous ressenti lors de la projection de votre film ? Avez-vous été satisfait des réactions du public ?
Je me suis senti bien. Ce n’est pas un film commercial, donc ce qui m’importait, c’était juste qu’il y ait quelques personnes qui l’aiment, des gens éduqués, élégants, bien nourris et en bonne santé [rires] Je ne plaisante pas ! Vous savez, quand les gens ont faim, ils ne se posent pas ce genre de questions sur la vie, le destin… en Chine, mon film va intéresser les étudiants, les “cols blancs”, les gens des classes supérieures. Les gens qui travaillent toute la journée n’ont pas l’énergie de penser à ces choses, donc mon film n’est finalement que pour un public réduit.

Je crois qu’en France, il y aurait un large public susceptible d’être sensible à votre film.
Oui ! Particulièrement en France. Aux Etats Unis, ils ne veulent pas réfléchir sur la vie, ils réfléchissent à la nourriture… ou peut-être à New York, ou à Boston. Il y a dix ans, quand j’étais dans les studios de Pékin, j’adorais les films français, il y a en a certains que j’ai vu 20 ou 30 fois. 37,2 le matin, je l’ai vu 31 fois ! Et La Baston, plus de 10 fois. Il y a dix ans, j’ai étudié les films français, et le temps a passé, j’ai fait mon propre film, je suis venu en France, le montrer au public français. J’ai beaucoup de chance, je pense que je suis un type chanceux !

Avez-vous d’autres films en préparation ?
Oui, j’ai un autre scénario. C’est toujours sur les années 1930 : à cause de la censure. Je ne veux rien montrer de moderne.

Vous avez peur d’être censuré ?
Oui. “Rainbow” n’a pas ce genre de problème, parce que ce n’est pas une histoire moderne. Mon prochain film traitera des populations qui vont dans une grande ville, Shanghai : ce sont des étrangers, dans le “rental area” (les quartiers français de Shanghai). Le sujet principal sera l’Opéra de Pékin à Shanghai dans les années 1930.

J’ai trouvé très intéressant dans Rainbow le travail sur la musique, mais aussi très surprenant ce mélange de différents genres musicaux….Qu’avez vous prévu pour la musique de votre prochain film ?
La musique est ma véritable carrière. J’ai travaillé pendant 10 ans en tant que compositeur, producteur et musicien. Dans mon prochain film, il y aura trois styles : la techno, la musique classique européenne, et ma musique. Pour moi, la musique est libre. Je ressens ma liberté dans la musique, quand je veux, comme je veux. C’est ma vie. Je ne veux plus être producteur de disques, ou même auteur de chansons, mais j’ai toujours envie d’écrire des chansons pour mes propres films. Je compose toujours pour mes films. C’est mon bonheur ! J’ai écrit le scénario, je le dirige, j’ai écrit chaque chanson…

Que pensez-vous que le festival pourra apporter à votre film ? Pensez-vous qu’il puisse avoir une utilité pour la carrière de votre film ?
Bien sûr.

Pour une carrière française, ou…
Surtout pour la Chine. Parce que la culture cinématographique appartient à l’Occident. Le cinéma n’est pas l’opéra de Pékin. L’Opéra de Pékin, c’est notre culture. Je ne veux pas lécher les bottes des Occidentaux, mais je veux dire la vérité. La perception des Occidentaux est très importante en Chine.

Pays : Divers

Anne-Laure Brion