chinois

Li Xuelian et son mari Qin Yuhe ont conclu un faux divorce pour obtenir un second appartement. Mais finalement, Qin s’est marié à une autre femme, abandonnant littéralement Li. Elle se lance alors dans une quête éperdue de justice qui va durer dix ans et mettre à mal la bureaucratie et le régime tout entier. Elle va jusqu’à Pékin pour se faire entendre !

Le cinéaste chinois s’est inspiré d’un roman de 2015 qui s’intitulait « Je ne suis pas une garce » dont il a d’ailleurs gardé le titre. On se demande donc ce que vient faire notre Madame Bovary dans le titre international ! L’expression est d’ailleurs expliquée en prologue par une histoire racontée et illustrée d’images édifiantes. On aurait pu l’appeler Kafka au pays du lotus… Li est interprétée par la star chinoise Fan Bingbing qui faisait partie du jury du dernier festival de Cannes. Elle est magnifique dans son rôle d’obstinée courageuse qui ne se laisse arrêter par aucune lourdeur, aucune lâcheté de la part de l’administration. Mais le combat finit par tourner un peu à vide face à l’absurdité grandissante de la situation au fil des années et de la réitération des tribulations juridiques. Le cadre formel que s’est imposé Feng Xiaogang est intéressant dans l’idée car il lui permet de se concentrer sur ses personnages en action. L’image est ronde à la campagne, dans le village, comme organique et devient carrée, prismatique dans la capitale renvoyant aux volumes, à la structure de la ville.

D’un individu qui cherche justice on en arrive à la satire de la bureaucratie chinoise qui, à quelque niveau que ce soit, est incapable de prendre la juste décision pour résoudre un infime problème à l’échelle du pays. C’est cela qui rend le film pertinent !

Camille DOUZELET

I am not Madame Bovary, Feng Xiaogang, Blaq Out, novembre 2017, 20 euros.