Gen aux pieds nus T6 de Keiji Nakazawa paraît aujourd’hui aux éditions du Tripode.

Keiji Nakazawa est né à Hiroshima en 1939. La bombe lui enlève son père, sa sœur aînée et son petit frère. Sa mère, enceinte, accouche sur le champ d’une fillette. Dans les années 70, il en fera la matrice de sa grande fresque à la fois historique et intime : Gen aux pieds nus.

À travers cet alter ego donc, Gen est un jeune garçon dynamique, espiègle et plein de ressources, le mangaka a raconté en 10 volumes, sa vie et sa ville de 1945 à 1953. Guerre et après guerre vues à travers les aventures du quotidien de la famille Nakaoka.

Les éditions du Tripode poursuivent avec succès la réédition de toute cette série devenue culte, témoignage de premier plan et à hauteur d’enfant. Après l’avant Hiroshima (tome 1), l’horreur de la bombe (tome 2), puis le début de « l’après » de cette bombe atomique (tomes 3 et 4), l’hiver 1947-1948 à Hiroshima (tome 5), voici l’été et l’hiver de 1948.

La mère de Gen est très malade. Elle serait mieux à l’hôpital, mais il faut de l’argent pour cela et la récupération de métaux ne rapporte pas grand-chose aux enfants. Le grand frère Koji est parti travailler dans les mines lointaines, mais il boit l’argent qu’il gagne au lieu de l’envoyer à sa famille. Alors Ryuta a l’idée de voler de l’argent mal acquis par des hommes politiques corrompus. Lesquels le jouent avec des yakuzas. Mais c’est extrêmement dangereux !

De rebondissements en rebondissements le récit permet à Gen et ses amis de débrouille d’exercer tous leurs talents d’entraide face à l’adversité qui dure.

Le ton est donc toujours résolument sincère et critique. Il est humaniste à travers la narration de la faim et du dénuement du peuple. Mais à chaque situation inextricable Gen trouve une solution, porté par une résilience et un optimisme à toute épreuve. Sa mère lui répète ce que lui a appris son père : « devenir fort comme le blé ».

Le dessin assume une opposition des traits. D’un côté la rondeur enfantine des personnages principaux. De l’autre la brutalité et l’inhumanité de l’époque. Nakazawa montre frontalement les privations et la violence. Il rappelle notamment dans ce tome le sort des jeunes femmes rescapées de la bombe comme Natsue et Katsuko. « La bombe a transformé des jeunes filles innocentes en monstres » dit Gen. En plus des souffrances physiques atroces, elles subissent l’humiliation et le rejet. Elles n’ont souvent d’autre choix que le suicide. Il faudra l’inventivité de Gen et de ses amis pour le faire oublier à Natsue.

Il laisse aussi la poésie affleurer avec un soleil qui revient souvent dans les vignettes comme une ponctuation, une lueur d’espoir, peut-être aussi comme un symbole… du Japon.

À suivre donc le 5 novembre prochain pour le 7ème tome.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Gen aux pieds nus T6, scénario et dessin de Keiji Nakazawa , 272 pages, 13,90 €, éd. du Tripode. En librairie le 10 septembre 2026.

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