ANNECY 2021

Retour en ville et en live

  Après une année (voir plus) bloqués chez nous, nous voici de retour dans cette bonne vieille ville d’Annecy ! Bon, nous avons quand même eu droit à une version online, ce qui a un peu étanché notre soif d’animation internationale. Mais bien sûr, rien ne vaut le fait d’être sur place, de s’asseoir dans un fauteuil de cinéma et de voir des avions en papier voler ! Alors qu’en est-il de ce retour sur site ?

Retrouver le festival

  Quelques précisions avant tout sur mon séjour au festival. Pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas pu venir pour toute sa durée. Je suis en effet resté sur place du mercredi au vendredi. J’ai donc manqué l’excitation habituelle des premiers jours. Néanmoins il était facile de constater que beaucoup moins de monde que d’habitude avait fait le déplacement. Le Covid étant toujours bien actif, la majorité des personnes venant de l’étranger (équipe de production, intervenants, journalistes, etc.) étaient absents. Pas de séance ouverte avec le réalisateur (sauf par une vidéo), peu d’interventions spéciales ou de dédicaces. De même une partie des étudiantes et étudiants normalement très nombreux manquaient à l’appel ; leurs écoles ont probablement voulu limiter les risques. Résultat, les rues étaient un peu vides et les séances loin d’être remplies. Cela avait un avantage : il était facile d’accéder aux salles sans avoir réservé sa place. Les files d’attente étaient raisonnables et on était quasiment sûr d’accéder aux programmes que l’on souhaitait. L’ambiance n’était cependant pas tout à fait la même ; le manque de spectateurs se ressentaient un peu et c’était dommage.

  Mais cette édition nous a fait une petite surprise. Et ce fut la séance unique du film chinois Lion Dance Boy qui en a été à l’origine. Tout d’abord Marcel Jean, qui nous présenta le long-métrage, nous indique que c’est une première pour lui et le festival d’Annecy (et par extension pour nous aussi). En effet l’orthographe du nom du réalisateur a changé en cours de route ! Tout d’abord S. Hamilton, il devient Heiping Sun avant de redevenir S. Hamilton. Alors que la séance commence tranquillement, au bout de quelques minutes, nous remarquons des détails étranges. En effet les vêtements de certains personnages semblent manquer, ainsi que des objets ou textures dans le décor. La projection finit par s’arrêter et Marcel Jean revient pour nous annoncer la fin de la séance : le film reçu ne semble pas être la version définitive, probablement à la suite d’une erreur d’envoi… Pour éviter les déceptions, il préfère annuler. Certains spectateurs ont un peu protesté mais étant donné que les défauts visuels semblaient s’intensifier, cela n’augurait rien de bon pour la suite du long-métrage. C’est ainsi que le festival a connu une 2ème première, en prime à cause du même film : l’arrêt d’une séance après le début de la projection.

  Cette coupure inattendue m’a néanmoins permis de me rendre au Château d’Annecy et de profiter du décor. Sur place, j’ai pu également (et avant tout) découvrir l’exposition sur Michel Ocelot. Le réalisateur français est notamment connu pour la trilogie des Kirikou, ainsi que d’autres long-métrages tels que « Azur et Asmar » ou « Dilli à Paris ». Depuis le début de sa carrière en 1976, il a réalisé bon nombre d’œuvres sur des formats différents, qui lui ont valu, principalement Kirikou, une avalanche de prix et de récompenses. Cependant c’est autre chose qui m’a marqué lors de ma visite. Déjà dès l’entrée l’exposition, une image m’attire, sans que je ne sache trop pourquoi. Alors que je cherche toujours à comprendre, je continue dans les couloirs quand soudain, c’est le choc ! La solution m’apparait et j’ai vécu ce que l’on pourrait presque qualifier de « choc nostalgique » ! L’image dont je cherchais l’origine fait partie de la mini-série « la Princesse insensible ». Sans crier gare, de multiples souvenirs me reviennent à l’esprit et me submergent d’émotions. Je reste un moment devant le panneau consacré à ce titre, troublé. Pourtant cette courte série de 13 épisodes de 4 minutes n’a dû être diffusée à la télévision qu’une seule fois, à partie du 21 décembre 1983. Son scénario, bien qu’original, n’a semble-t-il rien d’exceptionnel. Le roi veut marier sa fille et offrira sa main à celui qu’elle appréciera le plus. Les Princes prétendants vont alors redoubler d’efforts dans l’expression de leur talent (la magie, la peinture, le domptage, etc.). Cependant rien ne semble émouvoir la Princesse, qui reste insensible face à leur prestation… Pourquoi cette série m’a autant marquée ? Pour quelle raison me suscite t’elle autant d’émotions alors que je l’avais oublié depuis tant d’années ? Je n’en sais rien et ce n’est pas très important : l’essentiel reste dans les souvenirs qu’elle m’a ravivés et la joie que j’ai ressentie à ce moment. Rien que pour cela, je suis heureux que la séance de Lion Dance Boy ait été écourté ; sans cela je n’aurais probablement pas pu profiter de l’exposition. 

Des long-métrages japonais variés

  Après ces petites anecdotes, revenons aux projections et aux long-métrages. Et quoi de mieux pour commencer la sélection japonaise, qui est toujours la plus importante dans cette catégorie, que de revenir sur le titre qui m’a le plus « marqué ».

  Gyoco no Nikuko-Chan de Ayamu Watanabe n’est pas un « grand » titre, d’abord au sens technique du terme. Il reste beau, très propre et bien animé, mais sans être au niveau de productions Ghibli par exemple. Le scénario n’est pas haletant, mystérieux ou plein de rebondissements ; cela reste une comédie familiale comme nous pouvons en voir beaucoup. Mais l’histoire en elle-même et surtout les personnages en font un bon film. Et parmi ses derniers, c’est Mme Nikuko qui tient le devant de la scène. Si sa fille est au centre de l’histoire,  qui est principalement vue par son regard de très jeune adolescente, c’est bien sa mère qui monopolise l’attention. Bien en chair, dotée d’un bon appétit, elle laisse ses émotions transparaitre facilement. Elle s’inquiète pour les autres, a de l’empathie, et essaye de rester positive quoi qu’il se passe. Dès le début on sait que son histoire, et par extension celle de sa fille, n’a pas été simple : malheureuse en amour, ballotée au gré de ses emplois et des refus qu’elle essuie à cause de son physique, elle n’a pas eu une vie simple, devant également souvent déménager. Enfin posée dans une petite ville côtière, installée dans un bateau, elle reprend un semblant de vie normal. Cependant sa fille a un peu de mal à s’adapter à sa nouvelle école, doit faire face à quelques frictions avec ses camarades et surtout affronter une grande barrière : le passage dans l’adolescence. A cela s’ajoute les réminiscences du passé de Mme Nikuko, qui refont surface sans crier gare. Bref, tout cela en fait une comédie fraiche, drôle, pas très originale mais fort sympathique, agréable à suivre. C’est une séance spéciale que je ne regrette pas pour un titre qui devrait arriver officiellement en France rapidement. Après son 1er film Les Enfants de la mer, Ayumu Watanabe n’a définitivement pas fini de nous surprendre. Son traitement des relations entre les personnes est ainsi très juste et pertinent.

  Plus orienté jeune public, voici Poupelle of Chimney Town de Yosuke Hirota dont c’est le 1er film en tant que réalisateur. Là le scénario est un peu plus original (les révélations parfois surprenantes se dévoilant au fur et à mesure), même si le déroulement est plus classique. Le héros se bat avec un ami “différent” face à une autorité implacable et des camarades de classe qui le martyrisent à cause de son passé et de ses convictions. Il n’y a pas de grande nouveauté mais certains détails pimentent l’intrigue. Les personnages bien que très typés sont crédibles et ne sont pas mono dimensionnel. On découvre ainsi des faces cachées chez certains, faisant rebondir l’intrigue par moment. Le style graphique, mélange de 2D et 3D par ordinateur, demande un petit temps d’adaptation. Une fois cela fait, l’ensemble est beau et agréable à regarder. Ce style convient même très bien au personnage de Poupelle : cela donne un vrai volume à son corps composé d’innombrables déchets imbriqués. Bien que destiné aux plus jeunes, ce long métrage n’a pas à rougir quel que soient les spectateurs, malgré quelques grosses ficelles et de petites longueurs. C’est un film sur l’amitié qui transcendent les genres, sur les rêves, sur la liberté, contre la fanatisme (de l’état et/ou religieux). Bref c’est une bonne leçon de vie et de courage pour tout public, notamment les enfants.

  De son côté, The Deer King de Masashi ANDO et Masayuki MIYAJI se veut plus ambitieux. Le 1er réalisateur a beaucoup travaillé sur Princesse Mononoke du studio Ghibli et cela se ressent, tout d’abord dans le scénario. Un homme, se déplaçant sur un grand cervidé, se retrouve au centre d’un conflit entre l’autorité impériale et les forces de la nature, mené par un groupe de libération. A un détail près, nous retrouvons le scénario du film de Miyazaki ; et le déroulé de l’histoire ressemble également un peu à celle de son ainé. Heureusement les différentes sont plus nombreuses et The Deer King a ses propres qualités. Cette histoire de complot caché aborde d’autres sujets : sentiment nationaliste, désir de revanche et surtout fanatisme de certains groupes prêts à tout pour accomplir leurs actions. Au milieu de tout cela se débattent un ancien grand combattant vaincu et une petite fille, devenue malgré elle l’enjeu d’un pouvoir qui les dépassent. Plaidoirie pour l’acceptation de l’autre, contre la discrimination, le fanatisme religieux, la vengeance, ce long-métrage a un propos assez dur mais se veut néanmoins optimiste. Sa conclusion est intéressante car bien que (un peu) manichéenne elle est différente de ce à quoi on pourrait s’attendre. Très bien réalisé, il souffre de petits problèmes de rythme, avec des pauses qui le perturbent un peu. Il se rattrape néanmoins au niveau des personnages, assez subtiles. Ceux-ci sont bien travaillés et ont une vraie profondeur : ils ont chacun un passé qui va influencer leur action à un moment ou à un autre. Tous ont une motivation, un but voire un prétexte pour continuer à avancer ; aucun n’abandonnera, quel qu’en soit le prix. The Deer King est un très bon titre, tant sur le plan technique et narratif. La comparaison avec Princesse Mononoke est assez inévitable mais il s’en sort bien face à cette immense référence. Et cela, c’est une grande victoire pour lui.

  D’une atmosphère beaucoup plus calme et se déroulant dans le Japon actuel, Josee to Tora to Sakanatachi est le 1er film de Kôtarô Tamura. Ce dernier n’est néanmoins pas un novice au poste de réalisateur : depuis 2006, il a travaillé sur plusieurs séries d’animation, dont Negima !? et Noragami. Josee to Tora to Sakanatachi est une histoire courte de Seiko Tanabe, parue en 1984, et adaptée en film live 2 fois (au Japon en 2003 et en Corée du Sud en 2020). Pour cette version animée, quelques modifications ont été apportées : par exemple le fait que Tsuneo travaille à mi-temps dans un salon de mah-jong et qu’il devienne très vite ami avec Kumiko. Dans la version de Kôtarô Tamura, leur relation est d’abord beaucoup plus chaotique. C’est un point de départ que nous retrouvons dans de nombreuses comédies romantiques : deux personnes que tout oppose sont plus ou moins forcées de rester ensemble et finissent par développer des sentiments l’un pour l’autre. Dans ce film, ce principe est bien respecté. Tsuneo, terre-à-terre et sportif, pense avant tout à ses études et à son stage à l’étranger. Kumiko, qui veut que tous l’appellent Josée, s’enferme à cause de son handicap et est très rêveuse. Avec le caractère de cette dernière, il semble difficile qu’ils puissent de rapprocher. Mais finalement ils se découvrent un point commun : la mer et la fascination qu’elle exerce sur eux. Encore une fois, cette histoire peut sembler très classique : les réactions des personnages, l’enchaînement des évènements, le triangle amoureux, rien n’est vraiment original. Mais la réalisation est de qualité, les personnages sont attachants, leurs émotions sont bien retransmises. Certains détails apportent quelques nouveautés et nous ressentons de la sincérité lors du visionnage de ce film. En bref nous passons un bon moment et c’est le principal.

  Bien que le réalisateur soit québécois, je place ce dernier titre dans cette catégorie car son sujet est le Japon. Le Mont Fuji vu d’un train en marche de Pierre Hébert (Canada) est un même un film live ; néanmoins des séquences animés ont été incrustées en surimpression sur l’image. Il est plus proche du reportage qu’autre chose, ce qui provoquera le départ de quelques spectateurs, déjà peu nombreux lors de ma séance. Le réalisateur ne raconte pas vraiment quelque chose : il laisse plus sa caméra récupérer des images au gré de ses destinations. Alors que la base du film venait d’un 1er voyage au Japon en 2003, son 2ème en 2018 a apporté quelques nouveautés. Ainsi la visite du parc de la paix de Nagasaki s’est vu compléter de plans en rapport avec la catastrophe de Fukushima. Le film nous présente également des lieux plus simples, comme des échoppes, des temples, des rues commerçantes. Ce sont des images du quotidien, prises sur le vif, où les « figurants » vivent simplement leur vie. Mais Pierre Hébert n’oublie pas son côté artistique en mettant en scène ce qu’il voit. Un chanteur traditionnel, le danseur Teita Iwabuchi, sont mis en valeur par des images auxquelles il intègre calligraphie et gravure sur pellicule. Cela donne à ces séquences, et même à celles plus « banales », une autre dimension, une nouvelle émotion. Une autre dynamique se crée à partir de plans simples et d’un propos sobre. C’est une expérience un peu déroutante, spéciale mais qui se révèle plaisante pour les amateurs du Japon. Et le tout est encadré par le Mont Fuji, qui se dévoile, majestueux, au début et à la fin du film.

L’Asie n’est pas en reste

  Continuons le tour d’horizon des long-métrages par le reste de l’Asie. Exceptés ceux venant de Chine, la plupart sont créés avec un budget faible. Mais cela n’empêche pas les réalisateurs d’avoir des idées, du talent, de l’ambition ou de l’envie, voir tout à la fois.

  Et nous commençons par le sympathique Hayop Ka! The Nimfa Dimaano Story d’Avid Liongoren (Philippines). Dans une petite vidéo projetée avant la séance, le réalisateur nous explique qu’il a voulu mélanger telenova et programme radio, deux divertissements très populaires dans son pays. Le 2ème est ainsi directement dans le film : l’héroïne Nimfa appelle le célèbre présentateur d’un radio crochet pour demander conseil (et cela ne se passe pas bien pour elle). Pour le telenova, c’est l’histoire en elle-même qui en est un digne représentant. La pauvre Nimfa, vivant une existence insipide, se retrouve en plein rêve avec avoir été remarqué par le riche playboy Iñigo. La spirale étonnante dans laquelle elle est entrainée va la faire réfléchir sur sa vie. Critique sociale sur la différence de classe, les inégalités, la répartition des richesses, la pauvreté, ce film n’est pas tendre avec les riches et le mythe de l’ascenseur social. Néanmoins étant très coloré, avec ses personnages qui sont des animaux anthropomorphiques et son ton très orienté comédie, il est drôle, rythmé et agréable à suivre. Il y a bien quelques passages plus tristes, plus tendus, mais l’ensemble est plutôt joyeux. La fin est même très positive, avec une morale très en raccord avec l’héroïne et ses convictions. Ce genre d’histoire a déjà été abordée dans d’autres productions de ce secteur géographique, jusqu’en Corée du Sud. Mais ce long-métrage est suffisamment original et bien réalisé pour tirer son épingle du jeu.

  Plus énigmatique et troublant, Climbing est le 1er long métrage de la réalisatrice Hye-mi KIM (Corée du Sud). Le ton est ici beaucoup plus sombre, bien que l’histoire revienne sur un autre problème social : la place de la femme. Le personnage principal, Se-hyeon, fait face à un enchainement de situations et se doit de faire des choix. Que doit-elle privilégier : sa place dans la société ? Ses rêves ? Son rôle de mère ? Ses désirs ? Ce que l’on attend d’elle ? Entre les conventions, les regards que l’on porte sur elle, les critiques qui lui sont faites et ses souhaits, difficile de trouver la bonne voie. Et… c’est un peu le problème qu’a ce film au bout d’un moment. Le début est assez clair et les enjeux vite énoncés. Le fait que Se-hyeon reçoivent des textos d’elle-même est un ressort fantastique déjà connu mais qui fonctionne : une version du futur du personnage regrette ses choix et arrive, on ne sait comment, à prévenir sa version du passé pour les corriger. Mais dans ce film, cela devient vite très confus. On ne sait plus quels sont le passé, le présent et le futur. Diverses versions de l’histoires s’imbriquent sans que les délimitations ne soient très claires. Et Se-hyeon a des hallucinations qui nous compliquent encore la tâche pour déterminer le réel de l’imaginaire. Sans compter que le graphisme, de la 3D par ordinateur, est inégal. En effet si les personnages sont assez réalistes et finement détaillés, ce n’est pas le cas des décors. Ceux-ci sont très simples, voir minimalistes, avec des textures parfois moches (n’ayons pas peur des mots). C’est dommage car une vraie envie se dégage de ce film. Même si l’histoire est confuse, Se-hyeon, parfois autant perdue que nous, a quelques moments de flottement mais elle ne perd jamais sa détermination et sa force intérieure. Elle peut douter et se remettre en question ; cependant elle reste fidèle à ce qu’elle est et veut faire ses propres choix, quoi qui lui en coûte. C’est un peu dommage que la réalisation ne soit pas à la hauteur de l’ambition de l’héroïne.

  C’est tout le contraire de Jiang Ziya: The Legend of Deification de Wei LI et Teng CHENG (Chine). Ce long métrage est une nouvelle preuve de la maitrise technique par les équipes chinoises de la création numérique en 3D. Après Monkey King: Hero is back de Tian Xiaopeng et White Snake de Amp Wong et Ji Zhao, il est d’une qualité technique impressionnante. Destinée à un public adolescents / adultes, son histoire est dense, sérieuse, un peu sombre. Elle n’est surtout pas trop polluée par un humour trop présent ; il y a seulement quelques petites touches, qui allègent un peu l’atmosphère. Car l’aventure de Jiang Ziya s’annonce très compliquée. Retrouver la confiance des Dieux va être difficile, surtout que les obstacles sont nombreux. De plus il est seul, ses ennemis le détestant toujours et ses anciens alliés s’étant détournés de lui. Le fait que tout le film soit centré sur Jiang Ziya, et sur sa quête pour aider la jeune Xiao Jiu, lui donne une très bonne dynamique. Nous suivons le cheminement de son esprit, entre doute, questionnement, désœuvrement et conviction. Il se révèle de plus en plus en tant que héros par ses choix et sa moralité, et non par son destin et ce que l’on attend de lui. Les personnages sont bien modélisés, avec un effort manifeste sur les costumes et des effets accentuent le pouvoir et l’état d’esprit de chacun. Image, rythme, musique : tout concourt à faire de ce long métrage une expérience intense. Nous ne nous ennuyons pas, la dimension épique des Wuxia (les films de sabres chinois) étant très bien retranscrite. Jusqu’à la fin, nous sommes embarqués dans un mélange d’action intense, de réflexion philosophique et d’émotions à fleur de peau. C’est un très bon film, qui nous fait nous demander jusqu’où les studios chinois pourront aller.

  De son côté, City of Lost Things de Chih-Yen YEE (Taïwan) joue dans un tout autre registre. La réalisation n’est du même niveau, mais néanmoins très propre, et le propos est plus léger. Et encore, cela, c’est au premier abord. Le pitch de départ est assez improbable, avec un adolescent fugueur qui se retrouve dans un étrange lieu habité uniquement par des déchets qui parlent. Mais Leaf est un vrai anti-héros, prenant toujours les mauvaises décisions et pensant avant tout à lui-même. De son côté, Baggy, un vieux sac plastique de 30 ans, rêve de liberté et d’un nouvel avenir ; mais il se heurte au chef de la ville, qui veut les protéger des démoniaques camions poubelles. Les personnages principaux sont donc plus ou moins en conflit entre eux et tous les coups bas sont permis. Rien ne nous est épargné concernant l’adolescent, entre ses états d’âmes, sa dépression et ses obsessions. Après un temps d’adaptation, de découverte, le ton devient beaucoup plus sérieux voir dramatique. Ce film parle avant tout d’abandon et de trouver sa place dans la société. Que ce soit Leaf, qui sent abandonné par son entourage, ou les déchets, rejetés pour leur état, aucun ne comprend vraiment pourquoi ils en sont là. Au-delà de l’apparente bonne humeur qui règne dans la ville, un malaise étreint chaque « être », qui tente la plupart du temps de le cacher comme il peut. Avec la résignation générale qui règne, on comprend pourquoi la volonté de Baggy de chercher un autre avenir rebute tant de ses « congénères ». Mais faut-il pourtant se résigner au confort dans lequel on vit, même si celui-ci est précaire ?… Pour son premier long métrage, Chih-Yen Yee a commis quelques petites erreurs. Mais cela reste dérisoire face à la générosité de l’ensemble, au traitement sans concession de la mentalité de Leaf et à l’esthétique très soignée. C’est un film inattendu, bien plus profond que ce à quoi on pourrait s’attendre. De plus sa conclusion est une bonne leçon d’espoir ; quoi demander de plus !

  Pour finir, voici la bizarrerie de la sélection, ou tout du moins le film le plus étrange que j’ai vu. Qualifier ainsi Chicken of the Mound de Chen Xi (Allemagne / Chine) n’est pas une vaine expression. Le 2ème long-métrage que ce jeune réalisateur a créé tout seul (à part le doublage) est en effet assez difficile d’accès. Dès le pitch de départ, nous pouvons dire qu’il y a un problème : « une larve de poulet particulièrement curieuse décide de ne pas devenir adulte et de ne pas se cacher dans une grotte ; au lieu de cela, elle parcourt plaines et buttes en portant une armure robot ». Et très vite la larve du poulet se retrouve au cœur d’un conflit entre 2 factions d’êtres humanoïdes et/ou robots (cyborgs ? Ce n’est pas très clair). Nous naviguons ensuite entre champs de batailles confus et très bruyants, petits villages de campagne, ruines et immenses infrastructures. En fait, il est assez difficile de comprendre ce qu’il se passe, à part qu’il y a un affrontement entre 2 camps, chacun souhaitant assimiler (plus ou moins) l’autre. Le graphisme, né du mélange entre dessin, marionnette, image informatique et live, oscille entre le confus et le très propre (parfois on dirait des Lego). Mais c’est surtout la bande-son qui pose à mon avis un gros problème. Parler de bruit lors des combats peut paraitre logique mais c’est assourdissant et très vite pénible. Même les phases calmes ne sont pas plaisantes à écouter car il n’y a pas de mélodie, juste du bruit souvent stridant et des « voix » incompréhensibles. En bref il faut s’accrocher pour arriver au bout de ce long-métrage. Même si nous pouvons penser qu’il parle de liberté, qu’il est contre la violence et le fait de brimer les individus en les faisant tous passer par le même moule, le message (s’il y en a un) n’est vraiment pas clair. Cela étant, je ne suis peut-être pas le bon public.

Conclusion

  Cette année pour moi, mon séjour à Annecy a été plus court ; j’ai dû ainsi limiter mon nombre de séances. Mais ce que j’ai pu voir était de grande qualité, comme d’habitude. Le festival n’a donc rien perdu de son attrait et c’est le principal. Il manquait pas mal de visiteurs, les rues et les abords des salles semblaient un peu vides… Mais ce n’est que partie remise ! Vivement l’année prochaine que tout le monde puisse revenir sans problème, pour participer ou profiter du festival. Le rendez-vous est pris pour vous ? Pour moi, cela ne fait aucun doute.

Fabrice Docher

Palmarès

Longs-métrages en compétition

Cristal du long métrage : Flee de Jonas Poher Rasmussen (France, Danemark, Norvège, Suède)

Prix du jury : Ma famille afghane de Michaela Pavlátová (Tchéquie, France)

Mention du jury : La Traversée de Florence Miailhe (France, Allemagne, Tchéquie)

Prix Contrechamp : Bob Cuspe – Nós Não Gostamos de Gente de César Cabral (Brésil)

Mention du jury Contrechamp : Archipel de Félix Dufour-Laperrière (Canada)

Prix Sacem de la musique originale : Flee de Jonas Poher Rasmussen (France, Danemark, Norvège, Suède)

Prix Fondation Gan à la diffusion : Flee de Jonas Poher Rasmussen (France, Danemark, Norvège, Suède)

Courts-métrages en compétition

Cristal du court métrage : Écorce de Samuel Patthey et Sylvain Monney (Suisse)

Prix du jury : Easter Eggs de Nicolas Keppens (Belgique, France, Pays-Bas)

Mention du jury : L’Art dans le sang (Affairs of the Art) de Joanna Quinn (Royaume-Uni, Canada)

Prix Jean-Luc Xiberras de la première œuvre : Hold Me Tight de Mélanie Robert (Belgique, France)

Prix du film Off-limits : Tunable Mimoid de Vladimir Todorovic (Australie)

Prix jeune public : Kiko et les Animaux de Yawen Zheng (France, Suisse)

Prix du jury junior : People in Motion de Christoph Lauenstein et Wolfgang Lauenstein (Allemagne)

Prix Sacem de la musique originale : Denis Vautrin pour Le Réveil des insectes de Stéphanie Lansaque et François Leroy (France)

Films de télévision et de commande

Cristal pour une production TV : Vanille de Guillaume Lorin (France, Suisse)

Cristal pour un film de commande : A Little Too Much (Kai) de Martina Scarpelli (États-Unis)

Prix du jury pour une série TV : Japan Sinks 2020 – The Beginning of the End de Masaaki Yuasa (Japon)

Prix du jury pour un spécial TV : Maman pleut des cordes de Hugo de Faucompret (France)

Prix du jury pour un film de commande : Hjelp, vi har en blind pasient de Robin Jensen (Norvège)

Films de fin d’études

Cristal du film de fin d’études : Hippocampus de Zehao Li (Chine)

Prix du jury : Avant de Marcell Mostoha (Hongrie)

Mention du jury : La Confiture de papillons de Shih-Yen Huang (France)

Prix du jury junior : Mon ami qui brille dans la nuit de Grégoire De Bernouis, Jawed Boudaoud, Simon,Cadihac (France)

Prix spéciaux

Prix de la ville d’Annecy : Clara with a Mustache de Illir Blakcori (Kosovo)

Prix Canal + Jeunesse : Un caillou dans la chaussure de Éric Montchaud (France, Suisse)

Prix Youtube : Wochenbett de Henriette Rietz (Allemagne)

Prix André-Martin pour un court métrage français : Maalbeek de Ismaël Joffroy-Chandoutis (France)

Prix André-Martin pour un long métrage français : L’extraordinaire Voyage de Marona de Anca Damian (, Roumanie, France, Belgique)

Prix Festivals Connexion : Bête (Bestia) de Hugo Covarrubias (Chili)

Prix Fipresci : Angakuksajaujuq de Zacharias Kunuk (Canada)

Cristal de la meilleure œuvre VR : Remplacements de Jonathan Hagard (Allemagne, Indonésie, Japon)

Résumé des longs métrages

Josee to Tora to Sakanatachi

Tsuneo est un étudiant passionné de plongée et voulant faire de la recherche en biologie marine. Souhaitant continuer ses études à l’étranger, il effectue plusieurs travails à mi-temps. Un jour, il sauve une jeune fille en fauteuil roulant d’un accident. Or malgré son intervention, celle-ci se montre très froide avec lui. Néanmoins, la grand-mère de cette dernière, sa tutrice, décide d’engager Tsuneo pour s’occuper de sa petite-fille Kumiko. La collaboration entre l’étudiant et la jeune fille, qui se surnomme elle-même Josée, commence alors et elle ne sera pas de tout repos.

Poupelle of Chimney Town

À Chimney Town, le ciel est toujours gris foncé, les cheminées crachant constamment de la fumée qui cachent le ciel. Les habitants ont ainsi depuis longtemps cessé de croire que quelque chose puisse exister en dehors de cette couverture de cendres. Or, le jeune Lubicchi, qui travaille comme ramoneur, a lui vu un jour furtivement une étoile briller. Mais personne ne le croit et il se sent seul, surtout depuis que son père a disparu. Puis il rencontre Poupelle, un étrange personnage fait d’ordures ; sa vie va alors basculer dans une grande aventure.

The Deer King

Dans une mine où se tuent à la tâche esclaves et condamnés, se trouve un homme étrange, Van. Une nuit, une meute de loups attaque et tue tout le monde, gardes compris. Alors enfermé, Van défend une petite fille et se fait mordre. Or il survit après que le loup le lâche et que lui s’évanouit. A son réveil, seul survivant avec la petite fille, il la prend avec lui et s’enfuit. Il est loin de se douter que leur survie va les placer au centre d’un complot de grande envergure. De son côté, un docteur réputé tente de trouver un remède contre le fléau propagé par les loups, qui ne touche mystérieusement que ses compatriotes.

Gyoco no Nikuko-Chan

Nikuko et sa fille Kikuko vivent sur un petit bateau dans un port de pêche. Après des années de galère et d’errance, la petite famille semble avoir réussi à se fixer. Néanmoins Kikuko arrive à un âge où elle se pose des questions sur elle-même. Elle a aussi du mal à s’intégrer à son école, entre l’hautaine Maria et le fantasque Ninomiya. Elle n’arrive surtout pas à se confier à sa mère : en effet celle-ci, bien en chair et gloutonne, malheureuse en amour mais toujours positive, ne lui ressemble pas vraiment. Pourtant elle ne peut imaginer sa vie sans elle.

Hayop Ka! The Nimfa Dimaano Story

Entre un travail peu engageant de vendeuse de parfum, la difficulté de joindre les 2 bouts et un petit ami terne, Nimfa mène une vie pauvre dans tous les sens du terme. Elle tient néanmoins le coup, dans le taudis qui lui sert de logement, car elle sait qu’elle aide sa petite sœur : elle lui envoie en effet de l’argent pour qu’elle fasse de bonnes études. Lorsque, à la suite d’un quiproquo, elle découvre le luxe dans les bras d’un riche playboy, elle s’épanouit. Mais entre ses responsabilités, sa classe sociale et un imprévu, elle va devoir faire un choix.

Jiang Ziya: The Legend of Deification

Après le grand combat des dieux, où il a vaincu le Renard à neuf queues Su Daji et son armée, Jiang Ziya est sur le point d’être nommé chef des dieux. Or lorsqu’on lui demande d’achever son ennemi, ce qui conduira également une innocente à la mort, il hésite. Il est alors rétrogradé et renvoyé sur Terre, rejeté de tous. Dix ans plus tard, il croise le chemin d’une jeune démone renarde amnésique, qui ressemble énormément à l’âme que Su Daji abritait. Jiang Ziya va alors devoir faire un choix difficile entre son cœur et sa destinée, jusqu’à se retrouver lui-même…

City of Lost Things

Leaf, un adolescent de 16 ans en difficulté, fugue de chez lui et finit par se retrouver sans trop savoir comment dans un lieu étrange, la « Cité des Choses Perdues ». Là, au mieux de tous ces détritus et objets cassés, il fait la rencontre de Baggy, un sac en plastique de 30 ans. Ce dernier ne se considère pas comme un vulgaire déchet indésirable. Son ambition dans la vie, c’est de pousser sa tribu à fuir cette cité pour un avenir meilleur. Il se heurte cependant au chef de cet endroit et aussi à Leaf, qui a d’autres ambitions…

Climbing

Se-hyeon, une alpiniste professionnelle qui s’est remise depuis peu d’un accident de voiture, découvre qu’elle est enceinte juste avant les Championnats du monde. Elle peine à se libérer des responsabilités qu’engendre cette maternité. Entretemps, elle reçoit des textos d’elle-même, où sa vie a pris une tout autre voie, suite à l’accident. Et, surtout, elle veut garder son bébé.

Chicken of the Mount

Une larve de poulet particulièrement curieuse décide de ne pas devenir adulte et de ne pas se cacher dans une grotte ; au lieu de cela, elle parcourt plaines et buttes en portant une armure robot…