Copyright Van Gogh de Haibo Yu et Tianqi Kiki Yu

Copyright Van Gogh des réalisateurs chinois Haibo Yu et Tianqi Kiki Yu est un documentaire des plus déstabilisants. Nous suivons la vie quotidienne d’un atelier de peinture, celui du protagoniste principal, Xiaoyong Zhao. Mais attention, pas n’importe lequel. La ville de Dafen, située dans la province de Shenzhen, est le centre mondial de la copie d’œuvres d’art occidentales. Le film, avec discrétion et habileté nous fait partager le quotidien des tâcherons qui plagient des centaines d’exemplaires d’une même peinture. Chacun est spécialisé dans une partie à réaliser, fond, campagne, portrait, etc… Les toiles sont achetées 8 euros en Chine pour un petit format et sont revendues 40 à Amsterdam.

Xiaoyong Zhao n’en revient pas lorsqu’il rend visite à son acheteur néerlandais. Ce qui le conduit directement à déprimer. Il avoue lui-même que ses copistes gagnent moins qu’un ouvrier dans une usine. Si on peut compatir à la désillusion de Xiaoyong Zhao, nous autres spectateurs occidentaux sommes prêts à défaillir devant la laideur de ce qui se revendique comme des tableaux de Van Gogh et autres grands maîtres. Xiaoyong Zhao ne finit-il pas par se prendre lui-même pour le martyre de la peinture dans la deuxième partie du film ?

On est très vite atterré devant la duplication aussi grossière de chefs-d’œuvre. Pourquoi les Chinois choisissent-ils de saccager le patrimoine occidental ? Par vengeance ? Par cupidité ? Chez-eux, ils ne manquent pas de toiles à reproduire. D’autant que la copie a toujours été admise dans l’Empire du Milieu. C’était une manière de se former, tout comme chez-nous, mais aussi de se montrer l’égal des plus grands tels Shitao ou Fan Kuân. Cela on peut le concevoir. Bien qu’en Occident, ce comportement relève uniquement de l’artisanat.

Là où le film devient fallacieux, c’est lorsqu’il veut nous fait croire que la copie d’œuvres (autres que chinoises) concourt à une démarche artistique. Alors qu’on a affaire qu’à des faux, avoués comme tels, soit, mais des faux, tout de même. On conseillerait volontiers aux Yu, père et fille, de réaliser des documentaires sur leur patrimoine. Il n’en manque pas à découvrir, suite à la période obscurantiste des années soixante qui nia si farouchement la valeur incontestable de la culture chinoise.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON