COFFRET KIJU YOSHIDA PARTIE 2 de Kiju Yoshida

CONTRE LE MELODRAME (1965-1968) : HISTOIRE ECRITE SUR L’EAU (1965, 120’)
LE LAC DES FEMMES (1966, 98’)
PASSION ARDENTE (1967, 93’)
AMOURS DANS LA NEIGE (1968, 93’)
FLAMME ET FEMME (1967, 101’)
KIJU YOSHIDA : QU’EST-CE QU’UN CINÉASTE ? (2008, 52’)

Avec ce second coffret Yoshida, édité à l’occasion de la rétrospective du réalisateur au centre Pompidou, Carlotta poursuit son oeuvre d’exploration des grands films du cinéma japonais, pour notre plus grand plaisir bien sûr ! L’année 1965 correspond à un tournant dans la carrière de Yoshida, l’un des plus éminents représentants de la «nouvelle vague» japonaise : brouillé avec la Shochiku au sujet de son précédent film “Evasion du Japon”, il quitte le studio suivi de sa femme et muse, l’actrice Mariko Okada. Le renouveau artistique qui s’ensuit est saisissant : retour au noir et blanc, formalisme visuel très exigeant, travail sur le cadrage et la lumière ainsi qu’un thème récurrent : la femme au sein de la société japonaise contemporaine. C’est à travers les relations troubles d’un jeune homme sur le point de se marier avec sa mère que Yoshida s’attaque au sujet dans “Histoire écrite sur l’eau”. L’inceste, suggéré mais jamais montré, permet surtout à Yoshida de renverser les rôles et de montrer le pouvoir de la femme (ou de la mère) sur l’homme. La mise en scène (lumières, cadrages, surcadrages, mobilité de la caméra autour des personnages), celle des corps en particulier, offre des images si belles qu’on en a le cœur serré : Mariko Okada en déesse-mère fascine et envoûte. Dans les deux films suivants, “Le lac des femmes” (1966) et “Passion ardente” (1967), Mariko Okada interprète une femme adultère, battante et déterminée dans le premier, incertaine et déphasée dans le second. Dans chaque film, la quête de liberté, d’identité, ou plus simplement de bonheur de la femme semble vouée à l’échec… Cependant, après trois magnifiques films, le choc est rude avec “Amours dans la neige” (1968), œuvre plutôt mineure devant laquelle on lutte pour ne pas s’assoupir. Oublions bien vite ce petit incident de parcours car “Flamme et femme” (1967) vient magistralement conclure le coffret. De loin le film le plus sombre de la période, le spectateur ne saurait en ressortir indemne : mêlant présent et passé, rêve (ou plutôt cauchemar) et réalité, la caméra de Yoshida virevolte et enferme ses personnages dans un tourbillon duquel il ne semble y avoir aucune issue. Mariko Okada incarne cette fois une femme forcée par son mari stérile de recourir à l’insémination artificielle pour avoir un enfant, l’entraînant dans une situation où nul espoir ne semble plus permis. Yoshida réussit avec ce film à créer un malaise d’une rare intensité. Pour finir sur ce coffret, il reste à ajouter le fort intéressant, et aussi fort complexe, documentaire de Nicolas Ripoche retraçant une bio-filmographie du réalisateur. On l’aura compris, le cinéma de Yoshida est complexe, à la fois psychologique, social et philosophique et ce documentaire final vient bien à propos nous donner quelques clés supplémentaires pour mieux l’apprécier.

Éditeur : Carlotta Films

Pays : Japon

Pascal Ferrante