La mystérieuse beauté des jardins japonais de François Berthier nous convie à un large tour d’horizon de ces lieux d’agrément. Il passe en revue un ensemble des différents genres. Il y décrit plus particulièrement les jardins-promenades (1) ou les jardins-paradis sans oublier ceux du thé et bien sûr ceux appartenant au bouddhisme et notamment au zen.
Dans ce registre, celui du temple Ryôanji est comme un tableau monochrome projeté en 3D, nous dit l’auteur. Et de rajouter que l’on voit poindre la peinture chinoise des Song qui s’était abstenue d’utiliser la couleur. Tout n’y est qu’abstraction et dépouillement. Le minimalisme atteint son point le plus extrême. Voyons un peu de quoi il est constitué. Il couvre une surface d’à peine 200m2 sur un terrain plat recouvert de sable ratissé. Quinze pierres sont assemblées en cinq groupes de matériau brut et disparates. Un peu de mousse entoure ces roches. C’est tout ! Les Japonais le qualifient de mutei, Jardin du néant. Donc ni eau, ni végétaux (ou si peu) comme pour la plupart de ses congénères. Il fut érigé fin XVe, début XVI,e à Kyôto. Chose importante pour un jardin, il est un de ceux qui ont subi le moins de changement. Au vu des matériaux utilisés, on n’en est aisément convaincu.
Jardin zen par excellence, il sert avant tout à la méditation que rien ne vient troubler (exit la contemplation). Toutefois, de nombreuses interprétations ont vu le jour au travers des siècles. On peut facilement accepter celle d’une mer apaisée avec quelques îlots déchirants sa surface. Mais comme ici il s’agit d’une réalisation zen on peut tout aussi bien voir en lui un koan : une énigme sans réponse afin de faire comprendre au novice que le savoir n’est en rien utile pour atteindre l’Éveil. Seule la méditation face à un mur, zazen, le permet.
Si ce jardin est particulièrement aride, l’auteur nous en décrit un ensemble d’autres d’une infinie beauté tant par leur aménagement que par leur végétation. À l’imitation des sites célèbres, pour certains, ils s’épanouissent encore aujourd’hui pour le plus grand plaisir des citoyens de l’archipel et de ses nombreux visiteurs.
Dans les deux essais qui constituent le livre de François Berthier, nous déambulons au cœur même de la sensibilité nippone, depuis l’ère Heian (794-1185) jusqu’à celle d’Edo. Ils nous plongent dans ce qui fait la subtile perception de l’univers de l’âme nippone. Où, au travers de l’infiniment petit, le Japonais voit l’immensité cosmique.
L’équilibre des masses et des couleurs n’a de cesse de rivaliser avec l’exubérance des formes et des lignes pour promeneur-contemplateur.
Une excellente l’introduction aux jardins japonais si disciplinés dans leur sauvagerie à la différence des français où la nature ressemble à des pâtés de maisons.
À noter encore chez Arléa, la parution de Fabienne Verdier Les formes de l’invisible de Stéphane Lambert. Il nous fait pénétrer dans l’atelier de cette artiste peintre et calligraphe aux œuvres grandioses.
Nous en reparlerons prochainement.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Lire notre chronique : https://asiexpo.fr/katsura-et-ses-jardins-un-mythe-de-larchitecture-japonaise-de-philippe-bonnin-sort-aux-editions-arlea/


