5000 mètres avant l’aube de Dai Sijie paraît chez Gallimard.

Dans le nouveau roman, 5000 mètres avant l’aube de Dai Sijie, directement écrit en français, nous devons en tant que lecteur, accepter une situation de départ des plus improbables. En effet, durant la seconde guerre mondiale, Matsui, le commandant d’un camp de prisonniers en Chine est un ancien coureur de fond. Il veut reconstruire le stade olympique de Paris des jeux de 1924. En outre, il a reconnu, parmi les captifs, son vainqueur à la course à pied du 5000 m du titre : le Franco-Vietnamien, Jean Sautet.

Depuis, il n’a de cesse de relancer ce défi afin d’avoir sa revanche. Pour cela, il a même fait confectionner une médaille d’or avec ses propres bijoux.

Toutefois, il est difficile d’accepter qu’un officier japonais de cette époque impose à ses supérieurs un tel comportement individualiste. L‘ère Shôwa (1926 – 1989), plus que tout, impose à chaque individu de se sacrifier au nom de l’Empereur Hirohito. Toute considération individualiste est vue comme une déviance susceptible de mettre en danger les groupes. Elle est donc aussitôt éradiquée de manière expéditive, à l’image des communistes japonais des années trente.

Cependant une fois acceptés ces prémisses utopiques, le lecteur peut s’immerger dans le texte très descriptif voire documentaire. Il côtoie au plus près les protagonistes. Le but seul de la course organise le livre. Une histoire d’enfants-cobayes à sauver vient accessoirement s’y greffer. Elle rend le texte plus authentique au sujet des exactions nippones en Chine, notamment. Comme à son habitude Dai Sijie ne peut s’empêcher d’introduire dans son récit la religion catholique (cf. L’évangile selon Yong Sheng) à travers la ruine d’une ancienne mission jésuite. Décor qui lui sert, d’ailleurs, habillement à œuvrer à la libération des enfants.

Le texte est très déstructuré, ce qui apporte un peu de suspens et de dynamisme à ce défi absurde (tant pour les coureurs que pour l’auteur). L’écriture de ce fait est sèche et incisive comme un sabre. L’ambiance y est tendue voire étouffante.

Un récit à l’imagination étonnante, mais qui réussit difficilement à nous captiver tant la situation est emprunte d’un anachronisme fondamental.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

5000 mètres avant l’aube de Dai Sijie, 160 pages, 18 €, éd. Gallimard.

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