Tsukushi de Aki Shimazaki

Yûko est l’épouse accomplie de Takashi Sumida, unique héritier d’une très digne famille de banquiers de Tokyo. Elle mène la vie luxueuse et très conforme d’une grande bourgeoise, entourée de son mari, de sa fille et de ses serviteurs. Garante de l’harmonie domestique, Yûko se consacre à sa famille et à sa maison. Mais derrière le voile de la bienséance et la perfection des apparences, Yûko cache un secret qui remonte à l’époque précédant ses fiançailles avec Takashi Sumida. À l’occasion de la réception donnée pour le treizième anniversaire de sa fille Mitsuba, la découverte anodine d’une petite boîte d’allumettes décorée d’une image représentant deux tsukushi devient l’indice d’un autre secret, dont la révélation compromet la parfaite harmonie de l’existence de Yûko.

Certes, le destin de Yûko, jeune femme soumise aux conventions sociales de son milieu, ne laisse pas totalement indifférent. Indéniablement, quelque chose se dit de la condition d’une femme (bourgeoise) japonaise, lentement asphyxiée par l’impeccable ordonnance d’une vie lisse et soigneusement réglée, mais dont la part refoulée menace de défaire la perfection des apparences. Certes, l’écriture délicate et le style discret d’Aki Shimazaki rendent compte du fragile équilibre qui préserve jusqu’au faux-semblant une existence minée par le poids des secrets. Mais cette sorte de naturalisme minimaliste de l’écriture menace à son tour le lecteur d’asphyxie. On attend en vain qu’éclate toute cette violence rentrée, qui viendrait déranger des conventions aussi rigoureusement dressées que les ikebana dont Yûko sature sa maison. On pourra donc admirer la puissance de retenue du non-dit, ou, dans le cas contraire, s’ennuyer.

Éditeur : Actes Sud

Pays : Japon

Delphine Simon