Une reine à la Lewis Caroll règne en monstre froid, prête à décapiter tout son monde à la moindre incartade. Du fond d’un de ses cachots un vieil homme, cependant, annonce qu’il va s’évader. Et il le fait comme par magie, en traversant tout bonnement les barreaux ! C’est le fameux Oldman du titre. Mais avant de s’enfuir, il délivre aussi « la grande guerrière Rebecca » que la reine a fait amputer de ses quatre membres et jeter dans une prison du palais. Pendant ce temps, en ville, dans une taverne, un nommé Wilson boit et peint des femmes nues. C’est un « anatomisme irrécupérable épris jusqu’à la folie du corps humain ».
Il tombe, bien sûr, immédiatement en extase devant les formes parfaites de Rebecca. Et bien que lubrique, c’est le seul à pouvoir doter la jeune femme de jambes et de bras.
Un an plus tard, ce trio improbable se produit dans un théâtre de la ville avec un numéro de magie sous la conduite d’Oldman. Mais une erreur de chaussure le fait mettre à la porte. Mise au courant de la présence du trio, la reine utilise son unité d’élite, commandée par le terrible Hammer, pour le retrouver.
Quel lien peut-il bien y avoir entre cette femme qui semble détenir la jeunesse éternelle et Oldman qui l’appelle « mère » ? Elle pour qui « la magie n’est faite que de vulgaires tours pour duper les gens ».
Ce manhua n’est pas seulement un récit historique fantastique. C’est aussi une réflexion fine sur les faux semblants, les illusions. Magie, identités, jusqu’au pouvoir même. « Quand l’illusion se présente, qui se tourne encore vers la vérité qu’elle masque ? » interroge cyniquement la reine machiavélique.
Ce premier tome alterne avec une grande élégance entre les combats fabuleux et sanglants – notamment lorsque Rebecca enclenche son « mode combat » réalisé par le génial Wilson – et les retours en arrière plus feutrés expliquant les liens fragmentés d’Oldman avec la reine et d’autres personnages encore.
Le trait de Chang Sheng est savamment réaliste voire hyperréaliste dans les quelques planches pleine page en couleur. Son dessin noir et blanc au trait valorise le dynamisme des scènes. Il est porté par une subtile mise en page aux agencements audacieux.
À découvrir ou à redécouvrir absolument ! Le tome 2 est prévu pour le 1er juillet prochain.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Oldman de Chang Sheng, traduit du chinois (taïwanais) par Fabien Quesvin, 640 pages, 15,95 €, éd. Glénat. En librairie le 11 février 2026.

