Sur la proposition de son mari, Lorie Single s’expatrie à Bangkok. Elle abandonne ce qui la structure en France, notamment son indépendance par le travail. Son époux occupe un poste valorisant dans le commerce international et est grassement payé. Elle n’hésite pas.
Sur place, elle découvre un appartement vaste avec une maid* qui la libère des tâches ménagères. Une liberté quasi absolue s’offre à elle. Ce qui la fait basculer vers la ville tentaculaire et enveloppée, mais pas que de mystères. Elle est captivée par la particularité de son atmosphère » humide et sucrée « . Lorie s’immerge avec délectation dans la cité des anges (Krungthrep en thaï).
Voilà pour la prémisse du roman L’odeur sucrée de Bangkok de Mireille Disdero. Toutefois l’autrice ne nous invite pas à côtoyer un exotisme de pacotille comme son titre pourrait le laisser supposer. Son héroïne va se confronter au quotidien des Thaïs, loin d’être favorisés et donc bien au-delà de son quartier protecteur.
D’autant plus qu’elle rencontre Kyet, un masseur thaï de 50 ans. Il lui prodigue de délicats massages qui emportent la femme dans des sphères d’un bien-être insoupçonné jusqu’alors.
À l’image de ses nombreux voyage de travail, David, le mari, s’éloigne spirituellement de sa femme. Jusqu’à ne plus la toucher. D’ailleurs, une répugnance mutuelle les éloigne définitivement l’un de l’autre malgré leur dix ans ensemble. Le déracinement a liquéfié leur vie commune jusqu’à se noyer dans les Khlongs (1) de la ville basse. D’autant que l’attirance du bonhomme pour une jeune Vietnamienne le lance sur une pente glissante. Avant de comprendre qu’elle n’a fait que profiter de lui et non le contraire.
Le long des canaux, dans les tréfonds de la ville se noue en même temps une suave relation entre la Française et son masseur. Jusqu’où les emportera-telle ?
Ce roman noir nous offre une vue réaliste de la Thaïlande. Nous sommes au cœur d’une famille locale au travers de Kyet qui s’occupe de sa mè, mère, de soixante-quinze ans. Tout autour d’eux gravite la famille et surtout l’ex-femme du masseur qui ne lui veut pas que du bien. On mesure alors combien la douceur des Thaïs surtout pour des farangs, les blancs, peut être trompeuse sans être factice toutefois pour bon nombre d’entre eux.
La capitale est un condensé de contradictions parfaitement assumé par ses habitants. L’air est saturé d’odeurs parfois attirantes, mais bien souvent repoussantes. La pluie influe sur l’état d’esprit des personnages. La pollution omniprésente est partie prenante de l’aventure. Sans même parler de l’extraordinaire immersion sensorielle qu’offre l’effervescence de la capitale. Bien que les Occidentaux trouvent à redire à cette situation alors qu’ils sont les initiateurs de ces chamboulements sociétaux.
Le bouddhisme, bien sûr, est très présent. Il équilibre les relations entre les membres de la famille de Kyet. Jusqu’à intervenir parmi les laïcs par l’intermédiaire du cousin Wiraphon, le moine silencieux, mais pas inactif, loin de là.
Fidèle à leur exploration des littératures du Sud-Est asiatique, les éditions Gope nous offrent, à travers ce roman d’une suavité exquise, un dépaysement plein de tumulte et de douceur, de danger et d’amour.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
*maid full time : domestique à plein temps, logeant à la maison, s’occupant du ménage, des courses et des repas.
(1) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/sur-les-chemins-de-lissan-chroniques-thailandaises-douces-ameres-de-frederic-kelder-parait-chez-gope-editions/
L’odeur sucrée de Bangkok de Mireille Disdero, à acheter sur le site des éditions Gope : www.gope-editions.fr

