Ce tome 2 des guerres invisibles se lit dans le sens de lecture occidental puisqu’il se passe aux États-Unis. Il poursuit le récit éclaté du destin de deux jeunes filles : Haru Sudô et Yoriko Murata devenues respectivement Haru Hashimoto en 1948 et Yuriko O’Connor en 1953.
Bien qu’amoureuses l’une de l’autre, la guerre les a séparées. Dans le dénuement total, elles ont chacune épousé un soldat américain. Arthur Jirô est d’origine japonaise, Scott Charles vient d’Atlanta.
Du Japon vaincu et en ruines, nos deux héroïnes se retrouvent dans un pays dont elles ne parlent pas la langue et ne connaissent pas les coutumes. Même si leur belle-famille les accueille avec enthousiasme, c’est l’extrême solitude qui plane sur leur vie d’immigrées durant de longues années.
À travers ces quatre personnages, la scénariste et dessinatrice Marina Lisa Komiya montre, avec prévenance et profondeur, le drame intime que vit chacun, animé de sentiments personnels peu conventionnels pour l’époque. Même si Haru a dit « oui » au mariage, elle n’y est pas prête et se refuse physiquement à Arthur Jîro. Lui-même et toute sa famille souffrent toujours du déracinement et de leur place dans la société américaine de par leurs racines nipponnes. Yori, son petit garçon Nao et Scott font les frais de la Ségrégation très vive dans le Sud et décident de prendre leur vie en main.
Le dessin noir et blanc est simple avec des aplats grisés. Il apporte une fluidité de lecture qui tranche avec l’éclatement du scénario oscillant entre plusieurs époques et lieux. Le plus intéressant réside toujours dans le style narratif et la qualité d’analyse de différentes situations et discriminations exposées. Émerge aussi l’évolution des mentalités quant à la reconnaissance de ces discriminations et une volonté de réparation, d’intégration. Marina Lisa Komiya est plutôt optimiste !
Dans le même temps, sort le tome 11 de L’habitant de l’infini de Hiroaki Samura, où l’on retrouve Rin et Manji enfin réunis, mais pas au bout de leurs peines. Graphiquement, on touche au sublime tant les mouvements sont fluides, proches du cinéma !
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Les guerres invisibles scénario et dessin de Marina Lisa Komiyaa, 336 pages, 18 €, coll. Sakka, éd. Casterman. En librairie le 21 janvier 2026.
L’habitant de l’infini, Hiroaki Samura, 432 pages, 13,95 €, coll. Sakka, éd. Casterman. En librairie le 21 janvier 2026.


