L’amant de la Chine du Nord de Marguerite Duras accompagné des dessins de Philippe Dupuy paraît en édition anniversaire chez Futuropolis – Gallimard..

Pour le trentième anniversaire de la mort de Marguerite Duras et les trente cinq ans de L’amant de la Chine du Nord, les éditions Futuropolis et Gallimard proposent une édition des plus originales. Le texte intégral est accompagné de dessins et de collages de Philippe Dupuy.

Après le succès de L’amant, prix Goncourt 1984, Marguerite Duras acquiert une notoriété que ses autres romans, peut-être meilleurs que celui-ci, ne lui avaient pas encore donné. C’est l’histoire déjà plusieurs fois racontée de son premier amour en Indochine, cet amant de la Chine du Nord. Elle le rencontre en 1930 sur le bac qui traverse un bras du Mékong. Elle a à peine quinze ans, lui 28, il est richissime, elle est pauvre, ils vont s’aimer au mépris des convenances.

En 1991, après avoir appris la mort de son amant, elle reprend, encore une fois, cette même histoire dans L’amant de la Chine du Nord. Elle l’écrit comme elle le ferait d’un scénario de film avec de nombreuses scènes : sur le bac, mais surtout dans la garçonnière du Chinois de Cholon, chez sa mère à Sadec ou dans le pensionnat de jeunes filles de « l’enfant ». C’est ainsi que Marguerite Duras, comme pour marquer l’incongruité de cet amour, se nomme, à la 3ème personne donc.

Tout le style durassien se retrouve ici comme auto-citation : sa tonalité, sa respiration, son rythme sont répétés. Son écriture neutre, à la fois rapide et lancinante. Elle s’allège pour rendre compte de l’exacte pensée. Les images sont d’un réalisme si troublant que l’on sent la moiteur de l’air, on entend les chants des boys du pensionnat, on voit l’érotisme des scènes de la garçonnière, la peur de « l’enfant » et de son petit frère Paulo ancrée en eux.

C’est que cet amant de la Chine du Nord, outre ses nombreuses répétitions, et ses auto-références aux autres livres de Duras, est marqué par des situations franchement sordides : la violence du frère aîné « celui raté par Dieu, » la prostitution, l’inceste, les ravages de l’opium. Marguerite Duras n’avait pas apprécié l’adaptation cinématographique de L’amant, trop esthétisante.

Philippe Dupuy accentue l’érotisme du livre avec ses dessins sans visage, que des corps, souvent nus. Ses collages dessins-écriture-photos anciennes participent aux sensations du lecteur.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

L’amant de la Chine du Nord de Marguerite Duras accompagné des dessins de Philippe Dupuy, 272 pages en couleur, format 20 X 27,2 cm, 32 €, éd. Futuropolis et Gallimard. En librarie le 11 février 2026.

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