Cinq jours après l’assassinat de Mahsa Amini par les chasseurs de tête de la police iranienne, Louis Arnaud est arrêté. Soi-disant à cause de sa participation aux manifestations de soutien à la jeune femme qui débouchent sur le mouvement : Femme, vie, liberté.
L‘auteur de La révolution intérieure voyageait, en fait, pour son agrément. Il est incarcéré sans ménagement à la prison d’Évin, l’enfer sur terre. Ce qu’il vérifie tous les jours. Les prisonniers sont obligés de dormir dans un couloir à tour de rôle, avec une lumière artificielle constamment allumée. Les tortures physiques et morales y sont monnaie courante.
Au fur et à mesure des manifestations, l’auteur y croise l’élite du pays. Pas un intellectuel n’échappe à de telles incarcérations. Une parole critrique envers les mollahs vous y conduit tout droit. On se souvient des cinéastes Rasoulof ou Panahi, notamment.
Pour le dire clairement avec l’auteur, il est pris en otage. Coupable d’être français, car son gouvernement a maille à partir avec l’état iranien, comme il conclut si justement. cela suffit aux Iraniens pour se comporter de la sorte. D’ailleurs n’est-ce pas la spécialité du pays depuis l’attaque de l’ambassade des USA en novembre 1979 ?
Il nous décrit ses deux ans d’incarcération avec une acuité que peu d’humains auraient en de pareilles circonstances. Si bien qu’il en vient à rejoindre symboliquement la pensée bouddhiste : « Si rien n’est entre mes mains, alors rien ne peut m’échapper. » ou bien encore : « Il m’appartient, non pas de repousser mes limites, mais de m’affranchir de l’idée même de limites. »
Il prend donc vite conscience de l’absurdité de son emprisonnement et plus encore de celui du système qui l’instrumentalise. Une évidence lui apparaît dans ce pays, c’est « chacun pour soi ». Tout est bon pour sauver sa peau, le tout est de ne pas se faire prendre.
Échangé au bout de deux ans, l’auteur rédige son livre déjà amorcé en prison. D’une écriture incisive et lucide, Louis Arnaud dissèque un état métastasé qui ne tient que par la violence exercée sur ses citoyens. Malgré la ténacité de ceux-ci.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
La révolution intérieure de Louis Arnaud, 350 pages, 21 €, éd. des Équateurs.

