Ketsudan pourrait se traduire par « choix cornélien ». Cela tombe bien puisque cet album de Mud au scénario et de Julien Motteler au dessin est justement une transposition du Cid, que Pierre Corneille écrivit en 1637. On passe ainsi de la Castille du XI ème siècle au un Japon des samouraïs.
La jeune Harumi est secrètement amoureuse de Natsumé, fils de Fuyusaru un vieux samouraï fort honorable. Akitori, lui-même grand guerrier et daimyo, est justement d’accord pour marier sa fille à ce jeune homme prometteur. Tout irait pour le mieux si le shogun ne désignait pas Fuyusaru pour être précepteur de son jeune fils. Akitori est alors furieux de ne pas avoir été désigné à cette fonction. Aussi provoque-t-il son rival en duel, l’humilie jusqu’à le pousser à se faire seppuku.
Natsumé n’a d’autre choix, ketsudan, que de venger l’honneur de son père en tuant celui de sa bien-aimée. Fera-t-il passer l’honneur de sa famille avant ses sentiments ? Le dilemme est entier.
Dans ce Japon médiéval, empli de vaillants guerriers, les « Maures » de Corneille, que Rodrigue va combattre, sont remplacés par « l’apôtre des noyés et sa funeste armée », les « morts » donc ! Le combat épique et héroïque devient de l’heroïc fantasy avec des yokais terrifiants. Mais les alexandrins de Corneille, devenus immortels, sont bien présents dans la bouche d’Harumi-Chimène « Va, je ne te hais point », de Natsumé-Rodrigue « Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port », de Furusayu-Don Diègue « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! » et bien d’autres encore.
La transposition est judicieuse tant le bushido est imprégné du code de l’honneur. Et puis Julien Motteler s’en donne à cœur joie. Son dessin à la plume et au pinceau sous-tend un encrage charpenté. La quadrichromie se décline dans les tons de brun, bleu pour les scènes plutôt viriles voire guerrières et les tons violet, rose pour les scènes féminines. Bien que la mise en page reste classique le dynamisme de certaines planches s’en trouve magnifié et traduit bien la théâtralité du texte.
Les auteurs créent une sorte de préquel dans des entractes pleine page, au dessin enténébré voire lugubre, qui plante bien les racines et le décor nippons.
Une relecture originale du chef-d’œuvre de Corneille.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Ketsudan de Mud et Julien Motteler, 180 pages, 23,95 €, éd. Dargaud. En librairie le 27 mars 2026.

