Keiji Nakazawa est né à Hiroshima en 1939. La bombe lui enlève son père, sa sœur aînée et son petit frère. Sa mère, enceinte, accouche sur le champ d’une fillette. Dans les années 70, il en fera la matrice de sa grande fresque à la fois historique et intime : Gen aux pieds nus.
À travers cet alter ego donc, Gen est un jeune garçon dynamique, espiègle et plein de ressources, le mangaka a raconté en 10 volumes, sa vie et sa ville de 1945 à 1953. Guerre et après guerre vues à travers les aventures du quotidien de la famille Nakaoka.
Les éditions du Tripode poursuivent avec succès la réédition de toute cette série devenue culte, témoignage de premier plan et à hauteur d’enfant. Après l’avant Hiroshima (tome 1), l’horreur de la bombe (tome 2), puis le début de « l’après » de la bombe atomique (tome 3), voici Hiroshima, 30 août 1945 – août 1947 que balaie le tome 4.
Il débute par la descente d’avion du général Mac Arthur, commandant en chef des forces alliées, à Atsugi, près de Tokyo. Et les langues vont bon train au sujet de « ces saletés d’Amerloques » qui couperaient les couilles des hommes et violeraient les femmes selon les dires populaires. C’est donc pour se protéger que Gen et Ryuta s’affublent d’une armure de tôle autour de la taille ! Les enfants récupèrent facilement des chewing gum auprès de ces soldats finalement inoffensifs.
Mais la famille rejointe par les 2 grands frères de Gen, Akira et Koji, doit vite regagner Hiroshima car elle est mise à la porte de son asile d’Eba. La faim les dévore, la malnutrition les gagne et particumièrement la petite Tomoko. Les soldats américains ont des vivres mais il est difficile de les voler. D’anciens gangs se reforment, n’hésitant pas à utiliser les gamins, la plupart orphelins. C’est ainsi que disparaît Ryuta.
Cependant Gen et Akira retournent à l’école de Motokawa, détruite. Les cours recommencent comme ils peuvent. Gen se rapproche alors de Michiko, qui, comme lui, a perdu ses cheveux, mais aussi ses parents. S a grande sœur se prostitue pour subvenir à leurs besoins à toutes 2.
Et puis Tomoko est bientôt enlevée et de nombreuses péripéties tournent autour de sa disparaition.
Le récit est extrêmement bien mené et maintient le suspens et les fausses pistes au sujet de Tomoko jusqu’au bout. Le ton est toujours résolument sincère et critique. Il est humaniste à travers la narration du dénuement du peuple. Mais à chaque situation inextricable Gen trouve toujours une solution, porté par une résilience et une sagesse à toute épreuve. Il apprend même les prières bouddhiques ! Par ce que lui a appris son père aussi : « Il faut que je devienne fort comme le blé ».
Le dessin assume une opposition des traits. D’un côté la rondeur enfantine des personnages principaux. Gen et Ryuta s’amusent aussi comme tous les enfants et ensemble, leur gaîté est décuplée. De l’autre la brutalité et l’inhumanité de l’époque. Nakazawa montre frontalement La faim, les maladies, les ruines, la puanteur, la violence.
Il laisse aussi la poésie affleurer avec un soleil qui revient souvent dans les vignettes comme une ponctuation, une lueur d’espoir, peut-être aussi comme un symbole… du Japon.
À suivre donc le 7 mai prochain pour le 5ème tome.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Gen aux pieds nus T4, scénario et dessin de Keiji Nakazawa , 288 pages, 13,90 €, éd. du Tripode. En librairie le 12 mars 2026.

