Le Journal de Sarashina est édité aux éditions Verdier.

Le Journal de Sarashina est édité aux éditions Verdier.

Au commencement du 2ème millénaire, la littérature japonaise va s’affirmer dans toute sa spécificité avec l’apparition des nikki : journaux intimes. Ils seront pratiquement tous rédigés par des femmes de la haute et moyenne aristocratie. Leur particularité sera d’être rédigés en japonais tandis que les lettrés écrivaient en chinois. Sarashina est une de ces auteures intimistes parmi les plus importantes qui ont donné ses lettres de noblesse à la langue japonaise écrite.

L’auteure n’est connue que comme la fille de Sugawara No Takasué, illustre ministre et lettré. A son arrivée à la cour de Heian (ancien nom de Kyoto), elle a 13 ans et se procure, par l’intermédiaire de sa riche famille, plusieurs « Dits ». Elle se passionne, en effet, pour l’aspect romanesque de ces récits écrits cependant sous forme de nikki. Le plus connu étant le Dit du Gengi de Murasaki Shikibu. C’est ainsi qu’elle se met à la rédaction de son propre journal. Elle y raconte sa vie sur près d’une quarantaine d’années avec ses voyages, ses pélerinages, quelques allusions au pouvoir et à sa famille.

Le texte a d’abord une valeur informative et historique. Sarashina était en effet en service auprès d’une princesse de sang. Au travers de ce journal, on voit l’évolution de la jeune fille exaltée qui va se nourrir du romanesque de ses lectures et peu à peu s’éloigner des mondanités et se retirer du monde dans la fréquentation des temples et des sanctuaires.

Mais le plus important est dans la forme, car le journal est écrit en même temps, en prose et en vers. La première sert à mettre les personnages en place, en situation. Les seconds (des tanka) leur permettent de communiquer leurs sentiments et aspirations de façon très subtile. C’est le principe même du nikki.

Notons que l’on retrouve le journal de Sarashina dans l’excellent et très érudit essai de Jacqueline Pigeot sur l’âge d’or de la prose féminine au Japon (Xe-XIe siècle) récemment publié aussi.

Camille DOUZELET